vendredi 9 avril 2010

It's A Man's Man's Man's World par James Brown

Bonjour à tous !
Comme vous avez pu le remarquer, aucun article n'a été posté la semaine dernière. Cette décision a été prise pour deux raisons : la première concerne nôtre repos. En effet toute cette émotion déversée sur cette page en trois semaines était particulièrement prenante et parfois dure à encaisser, c'est pourquoi j'ai pensé que nous avions besoin de repos, d'une part pour nous remettre d'aplomb et d'autre part pour prendre le temps de réécouter les pistes précédentes. Je suis persuadé que cette interruption n'aura que des effets bénéfiques pour les semaines à venir, c'est pourquoi ce genre d'événement risque de se reproduire lorsque je sentirai venir le tiraillement des émotions.
La deuxième raison, plus anecdotique et succincte, concerne le fait que je n'aurais pas du être là cette semaine pour écrire, c'est donc en hommage en ma non-absence que je décidai de respecter une semaine de silence...

Cette semaine encore, un beau voyage nous attend. Un classique, encore ? Certes, mais tellement éloigné du précédent et surtout beaucoup plus moderne que je ne trouve pas ça choquant. De plus, je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais le choix de cette piste s'est imposé comme une évidence.
1965, James Brown est en pleine apogée de sa funk soul, il sort alors ce single, co-écrit avec sa femme. Est-il utile de préciser que les deux années précédentes il avait sorti successivement Papa's Got a Brand New Bag et I Got You ? C'est pourquoi je ne préfère pas m'attarder sur la carrière de ce grand Homme, trop longue et bien trop lumineuse.



Digne des plus grands films muets de la belle époque, l'introduction de la piste nous inspire une grandiloquence peu enviable. Les tambours battant, la descente des violons aux enfers, tout ceci pourrait nous inquiéter de l'aspect et de l'esprit dans lequel s'engage la chanson. Mais c'est le maître lui-même qui, grâce à sa voix, stoppe ce phénomène et, a capella, nous renvoie toute une déchirure.
"This is a Man's World !"
Ca y est, la vérité est dite, criée même. Cette première phrase est à peine achevée, la voix comme étouffée, coupée par cette constatation qui le révolte. James Brown nous démontre en un seul vers qu'il possède l'une des plus belles et des plus touchantes voix soul de tous les temps.
"But it would be nothing, nothing !
without a woman or a girl"
Cette phrase est à prendre en deux temps. Dans la première partie, on sent tout le corps du chanteur pousser cette voix à s'abimer, s'érailler, pour hurler cet amour envers les êtres les plus importants du monde : une femme, une fille. Et c'est seulement au moment de citer ces dernières que les cordes vocales de Brown vont se détendre et s'adoucir pour évoquer des joyaux à ne pas abimer à chérir sans les meurtrir. Le message est simple, une dissertation ne serait qu'une perte de temps pour expliquer le message, mais quoi de plus beau que cette simplicité. Plus qu'une déclaration d'amour, une révolution dans un monde des années 60 où la femme essaye de rattraper les droits civiques dont les hommes les ont privées et surtout de sortir des modèles sociaux dans lesquels ces mêmes hommes les avaient enfermées.

Pour le reste des paroles c'est ici : http://www.stlyrics.com/songs/j/jamesbrown4607/itsamansmansmansworld207850.html

S'ensuit un couplet, évoquant les grands succès et grandes découvertes techniques de l'homme. Ce dernier a donc tout inventé, mais qu'aurait-il fait sans son opposée ? "Nothing". Tout est clair, net. Sauf peut-être ce vers : "Man made the boat for the water". Je vous demanderais de bien l'écouter attentivement, car elle serait assez sujette à polémique si l'on entendait à la place "Man made the bullet for the war". Est ce que James Brown a volontairement articulé cette phrase de manière peu commune pour tromper son monde ? Personne ne le saura certainement jamais...
Le deuxième couplet appuiera plus sur l'aspect "affectif" que technique des hommes. Ceux-ci ne savent donc rendre leurs enfants heureux qu'en leur fabriquant des jouets... Le monde ne serait donc rien sans l'amour que sont capables d'apporter les femmes. Et enfin, cette petite satyre sur le monde capitaliste que les hommes ont créé : "And after man has made everything, everything he can, You know that man makes money to buy from other man"
Et puis, encore, ce cri, comme s'il venait d'apprendre la nouvelle et qu'il voulait le dire au monde entier. "But it would be nothing, nothing", on ne pourra lui oter cette idée de l'esprit.

Au delà de ces paroles magnifiques et de ce chant à couper le souffle, il faut écouter la musique. Aussi pure et simple que les paroles. Il nous féliciter batteur et bassiste pour leur régularité et leur élégance sur un rythme aussi lent. Mais soulignons également la performance du guitariste qui ne se contentera que d'une seule note par mesure, régulièrement, comme une pointe de grâce apportée chaque fois comme une perle rare à la musique. Il faut absolument se rendre compte que la performance des musiciens sur un tempo aussi bas est exceptionnel. A noter également les violons qui rajoute une dimension tout à fait dramatique à l'émotion dégagée par le chant.

Et pour respecter toute la pureté de cette piste, je vous laisse à votre tour écouter, réécouter et ressentir...


Dans le live suivant, c'est toute la version studio qui est exacerbée. On retrouve James Brown, en sueur, en transe, écoutez-le hurler cet amour, cet envie qui fait vibrer tout son corps et toute son âme. La performance est absolument magnifique au niveau de la voix, parfaitement maitrisée malgré l'émotion, et des musiciens qui font une démonstration de synchronisation et de régularité rare. J'ai, à un moment donné hésité à la présenter à la place de l'originale...

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