Bonjour à tous !
Après ces quelques semaines d'essais, il est temps pour moi de reconsidérer les règles de ce blog en prenant en compte les constations que j'ai pu faire et que vous, lecteurs, m'avez rapporté au cours du temps et au fur et à mesure des articles.
Nombre d'entre vous m'ont déjà avoué parfois lire l'article de la semaine seulement le week-end et ce quelques jours avant l'article suivant... Le but étant de se donner le temps d'écouter chaque piste, j'ai décidé d'écrire dorénavant une semaine sur deux, afin de vous laissez tout le temps nécessaire à l'écoute des pistes.
Pour moi ce ne pourra qu'être bénéfique car mon esprit aura le temps de se clarifier entre deux pistes ce qui n'est pas toujours le cas en écrivant toutes les semaines...
Je vous dis donc à la semaine prochaine, et en attendant ne regardez pas trop la nouvelle star !
lundi 3 mai 2010
lundi 26 avril 2010
505 par Arctic Monkeys
Bonjour à tous !
Après nous être divertis dans l'antre des mélodies printanières et enlevées de Mrs Bassey et de ses compères, nous allons, cette semaine, essayer de nous concentrer sur la beauté des mélodies et la justesse (dans tous les sens du terme) de la musique d'un jeune prodige de pures souches britanniques et qui propose dans chacun de ces albums un voyage extraordinaire à travers la vieille Albion.
Alex Turner et ses monkeys
Arctic Monkeys est un jeune groupe ou un groupe de jeunes formé en 2002 et qui se fit connaitre du grand public par son célèbre I Bet You Look Good On The Dancefloor qui, sur le moment, donna envie à tous les rockers nostalgiques d'aller se défouler sur le dancefloor, justement ! Des riffs efficaces, des guitares saturées, une section rythmique en place avec un batteur dépassant la performance de nombre de ses contemporains, leur premier album est une vraie réussite avec des titres énergiques et touchant comme le superbe When The Sun Goes Down. La planète rock applaudit également la performance vocale d'Alex Turner, qui, avec sa voix nasillarde et encore mal assurée convint tout le monde de son potentiel à venir.
Leur deuxième album, dans la même trame, diffère du précédent par différents points. Le style est plus mature, la voix aussi. Les titres possèdent des structures complexes, les guitares sont très travaillées avec des effets toujours plus surprenant. Et la magie continue, Alex Turner et son style pointu, son goût de la perfection, nous propose un album à la production subtile et sublime, particulièrement sur des titres comme If You Were There, Beware.
C'est alors que Turner décide de laisser ses Monkeys pendant quelques temps pour aller fricoter avec un certains Miles Kane dans un projet qui fit beaucoup parler de lui : The Last Shadow Puppets. Dignes d'Ennio Morricone, les mélodies et rythmes qui sortirent de la tête et des cordes vocales de ces deux-là firent leur effet et certains spécialistes n'hésitèrent pas à les comparer aux nouveau tandem Lennon-McCartney (non je ne me risquerais pas à un commentaire). La section de cordes, omniprésente sur l'album, nous emmène dans un univers de beauté et de rêve appuyée par une production sobre et élégante pour une musique explosive et ambitieuse.
Enfin, le troisième album des Arctic Monkeys, Humbug. Le style est différent, inspiré de Can, Alex Turner et ses compères nous proposent une sorte de post-pop alternative difficile à décrire. Les mélodies restent pourtant toujours aussi belles et des titres comme Crying Lightning ou Secret Door nous feront toujours vibrer.
Parmi toute cette pléiade de titres, il fut difficile de choisir le titre qui correspondait le mieux au style si particulier d'Alex Turner. Mon choix s'est porté sur 505, piste cloturant le deuxième album des Arctic Monkeys.
A écouter ici
Pour les paroles c'est ici
Doucement, j'arrive...
Cette piste fait preuve d'une grande ingéniosité dans l'art de faire évoluer une chanson jusqu'à son point d'orgue. En effet, l'entrée des instruments, un à un,va faire monter une tension insoutenable et qui sera amenée à inévitablement exploser.
En premier lieu, nous avons un orgue, au son vieilli, qui se contente de "napper" l'espace sonore, très sobrement, sur deux accords. C'est dans cette ambiance que Alex Turner va pouvoir poser sa voix et commencer un numéro tout à fait incroyable. Avec beaucoup d'écho, il est comme lointain, presque anonyme. Sa voix lassée nous renvoie aux paroles de ce refrain qui reviendra à plusieurs reprises dans la piste.
"I'm going back to 505,
if it's a 7 hour flight or a 45 minute drive"
Comme toujours, il revient à 505, peu importe la distance et le moyen de transport, sa destination finale est fixée, inamovible, comme à chaque fois. Ecoutez comme la voix à l'air monotone...elle ne l'est pas, sa mélodie est complexe ! Mais Alex Turner arrive à faire transparaitre sa lassitude grâce à sa voix lancinante et nous emmène avec lui dans son voyage retour, qui nous semble être son chemin de croix.
Quel sens à ce voyage ?
Une guitare étrange fait son entrée, marquant le malaise du chanteur. Puis c'est au tour de la batterie et enfin de la basse qui vont progressivement augmenter la tension incitant le chanteur à se rebeller face à la fatalité de ce retour forcé.
"What did you expect,
I probably still adore you with your hands around my neck,
Or I did last time I checked"
Car le calvaire que représente ce retour to 505 ne serait rien sans ce qu'il l'attend là-bas, une femme, darling. L'aime-t-il encore ? C'est ce qu'il pensait la dernière fois qu'il a vérifié, mais il en n'est plus sur.
Toujours en ayant l'air de s'ennuyer, Turner nous fait croire que tout ça n'a pas grande importance pour lui. Ces questions n'ont pas l'air de le tracasser car, inexorablement, il retournera toujours à 505. La musique marque bien ce sentiment, car les deux accords que l'on a pu entendre au début restent les mêmes, rien ne bouge, que ce soit les paroles ou la mélodie, tout est quasiment figé et on a la sensation que l'on ne peut rien y faire. La fatalité s'est littéralement emparée du chanteur et de ses musiciens.
Contenu et contenant
Après un court break, qui laisse le temps à la réflexion, c'est l'explosion, pure et simple.
Cet instant de la piste mériterait un article à lui tout seul. En une demi-seconde, le groupe réussi à nous faire dresser les cheveux sur notre tête.
Après avoir fait baisser la pression dans ce petit break agrémenté de quelques guitares bien senties, la musique stoppe d'un coup sec pour laisser s'exprimer tout le talent et toute l'émotion d'un Alex Turner à son plus haut niveau.
"But I crumble completely when you cry"
Cette phrase est chantée sur exactement la même mélodie que celle des autres couplets, mais à l'octave du dessus et quasiment a capella, comme un cri sorti de la nuit dans laquelle le groupe s'était perdu pendant le début du morceau. Celui-ci prend alors une dimension totalement différente. Les instrument y vont de plein coeur, ils ne sont plus en retenue, particulièrement la batterie. Les guitares, elles, deviennent confuses, quels sons, quelles mélodies produisent-elles ? Difficile à savoir, c'est l'explosion des sentiments, du contenu.
"Je m'effondre totalement quand tu pleures"
L'auteur ne sait pas où il en est, il est lassé comme on a pu le voir. Mais il reste une chose qui le fait encore vibrer, c'est de la voir pleurer, ce qui déclenche en lui l'explosion de tous ces sentiments qu'il n'arrivait plus à faire resurgir.
Il n'arrivera donc jamais à partir.
"Take my hands off of your eyes too soon"
Il avait réussi à cacher cette faiblesse (ou cette force ?) jusqu'ici en lui cachant ses yeux avec ses propres mains, mais il les a retirées trop tôt et n'a pas pu résister.
La musique et l'émotion des paroles sont donc ici en parfaite harmonie et c'est ce qui sublime la voix du chanteur qui n'arrive pas à chasser ses sentiments et qui le crie car il ne peut se contenir.
Enfin, encore un refrain, "I'm going back to 505". Cette fois-ci le ton est beaucoup plus prenant, ce n'est plus la routine d'antan, à présent ce retour aura une force incroyable et changera un détail responsable de tout. Dans les premiers refrains, les deux derniers vers sont :
"In my imagination you're waiting lying on your side,
With your hands between your thighs"
Littéralement : je t'imagine allongée sur le côté, les mains entre tes cuisses. Mais dans le dernier refrain, Turner rajoutera à la fin de cette phrase "and a smile". Dorénavant, en retournant to 505 il imaginera sa "darling" en train de sourire, et c'est ce qui changera sa monotonie en une explosion forte et intense. Le passage à 2 minutes et 28 secondes de la piste étant la plaque tournante de cette relation.
Qu'en pensez vous ? L'avez vous ressenti ainsi ? A vous de jouer, d'écouter, de réécouter de ressentir...
Pour les adeptes des live, la performance ci-après est parfaite :
Après nous être divertis dans l'antre des mélodies printanières et enlevées de Mrs Bassey et de ses compères, nous allons, cette semaine, essayer de nous concentrer sur la beauté des mélodies et la justesse (dans tous les sens du terme) de la musique d'un jeune prodige de pures souches britanniques et qui propose dans chacun de ces albums un voyage extraordinaire à travers la vieille Albion.
Alex Turner et ses monkeys
Arctic Monkeys est un jeune groupe ou un groupe de jeunes formé en 2002 et qui se fit connaitre du grand public par son célèbre I Bet You Look Good On The Dancefloor qui, sur le moment, donna envie à tous les rockers nostalgiques d'aller se défouler sur le dancefloor, justement ! Des riffs efficaces, des guitares saturées, une section rythmique en place avec un batteur dépassant la performance de nombre de ses contemporains, leur premier album est une vraie réussite avec des titres énergiques et touchant comme le superbe When The Sun Goes Down. La planète rock applaudit également la performance vocale d'Alex Turner, qui, avec sa voix nasillarde et encore mal assurée convint tout le monde de son potentiel à venir.
Leur deuxième album, dans la même trame, diffère du précédent par différents points. Le style est plus mature, la voix aussi. Les titres possèdent des structures complexes, les guitares sont très travaillées avec des effets toujours plus surprenant. Et la magie continue, Alex Turner et son style pointu, son goût de la perfection, nous propose un album à la production subtile et sublime, particulièrement sur des titres comme If You Were There, Beware.
C'est alors que Turner décide de laisser ses Monkeys pendant quelques temps pour aller fricoter avec un certains Miles Kane dans un projet qui fit beaucoup parler de lui : The Last Shadow Puppets. Dignes d'Ennio Morricone, les mélodies et rythmes qui sortirent de la tête et des cordes vocales de ces deux-là firent leur effet et certains spécialistes n'hésitèrent pas à les comparer aux nouveau tandem Lennon-McCartney (non je ne me risquerais pas à un commentaire). La section de cordes, omniprésente sur l'album, nous emmène dans un univers de beauté et de rêve appuyée par une production sobre et élégante pour une musique explosive et ambitieuse.
Enfin, le troisième album des Arctic Monkeys, Humbug. Le style est différent, inspiré de Can, Alex Turner et ses compères nous proposent une sorte de post-pop alternative difficile à décrire. Les mélodies restent pourtant toujours aussi belles et des titres comme Crying Lightning ou Secret Door nous feront toujours vibrer.
Parmi toute cette pléiade de titres, il fut difficile de choisir le titre qui correspondait le mieux au style si particulier d'Alex Turner. Mon choix s'est porté sur 505, piste cloturant le deuxième album des Arctic Monkeys.
A écouter ici
Pour les paroles c'est ici
Doucement, j'arrive...
Cette piste fait preuve d'une grande ingéniosité dans l'art de faire évoluer une chanson jusqu'à son point d'orgue. En effet, l'entrée des instruments, un à un,va faire monter une tension insoutenable et qui sera amenée à inévitablement exploser.
En premier lieu, nous avons un orgue, au son vieilli, qui se contente de "napper" l'espace sonore, très sobrement, sur deux accords. C'est dans cette ambiance que Alex Turner va pouvoir poser sa voix et commencer un numéro tout à fait incroyable. Avec beaucoup d'écho, il est comme lointain, presque anonyme. Sa voix lassée nous renvoie aux paroles de ce refrain qui reviendra à plusieurs reprises dans la piste.
"I'm going back to 505,
if it's a 7 hour flight or a 45 minute drive"
Comme toujours, il revient à 505, peu importe la distance et le moyen de transport, sa destination finale est fixée, inamovible, comme à chaque fois. Ecoutez comme la voix à l'air monotone...elle ne l'est pas, sa mélodie est complexe ! Mais Alex Turner arrive à faire transparaitre sa lassitude grâce à sa voix lancinante et nous emmène avec lui dans son voyage retour, qui nous semble être son chemin de croix.
Quel sens à ce voyage ?
Une guitare étrange fait son entrée, marquant le malaise du chanteur. Puis c'est au tour de la batterie et enfin de la basse qui vont progressivement augmenter la tension incitant le chanteur à se rebeller face à la fatalité de ce retour forcé.
"What did you expect,
I probably still adore you with your hands around my neck,
Or I did last time I checked"
Car le calvaire que représente ce retour to 505 ne serait rien sans ce qu'il l'attend là-bas, une femme, darling. L'aime-t-il encore ? C'est ce qu'il pensait la dernière fois qu'il a vérifié, mais il en n'est plus sur.
Toujours en ayant l'air de s'ennuyer, Turner nous fait croire que tout ça n'a pas grande importance pour lui. Ces questions n'ont pas l'air de le tracasser car, inexorablement, il retournera toujours à 505. La musique marque bien ce sentiment, car les deux accords que l'on a pu entendre au début restent les mêmes, rien ne bouge, que ce soit les paroles ou la mélodie, tout est quasiment figé et on a la sensation que l'on ne peut rien y faire. La fatalité s'est littéralement emparée du chanteur et de ses musiciens.
Contenu et contenant
Après un court break, qui laisse le temps à la réflexion, c'est l'explosion, pure et simple.
Cet instant de la piste mériterait un article à lui tout seul. En une demi-seconde, le groupe réussi à nous faire dresser les cheveux sur notre tête.
Après avoir fait baisser la pression dans ce petit break agrémenté de quelques guitares bien senties, la musique stoppe d'un coup sec pour laisser s'exprimer tout le talent et toute l'émotion d'un Alex Turner à son plus haut niveau.
"But I crumble completely when you cry"
Cette phrase est chantée sur exactement la même mélodie que celle des autres couplets, mais à l'octave du dessus et quasiment a capella, comme un cri sorti de la nuit dans laquelle le groupe s'était perdu pendant le début du morceau. Celui-ci prend alors une dimension totalement différente. Les instrument y vont de plein coeur, ils ne sont plus en retenue, particulièrement la batterie. Les guitares, elles, deviennent confuses, quels sons, quelles mélodies produisent-elles ? Difficile à savoir, c'est l'explosion des sentiments, du contenu.
"Je m'effondre totalement quand tu pleures"
L'auteur ne sait pas où il en est, il est lassé comme on a pu le voir. Mais il reste une chose qui le fait encore vibrer, c'est de la voir pleurer, ce qui déclenche en lui l'explosion de tous ces sentiments qu'il n'arrivait plus à faire resurgir.
Il n'arrivera donc jamais à partir.
"Take my hands off of your eyes too soon"
Il avait réussi à cacher cette faiblesse (ou cette force ?) jusqu'ici en lui cachant ses yeux avec ses propres mains, mais il les a retirées trop tôt et n'a pas pu résister.
La musique et l'émotion des paroles sont donc ici en parfaite harmonie et c'est ce qui sublime la voix du chanteur qui n'arrive pas à chasser ses sentiments et qui le crie car il ne peut se contenir.
Enfin, encore un refrain, "I'm going back to 505". Cette fois-ci le ton est beaucoup plus prenant, ce n'est plus la routine d'antan, à présent ce retour aura une force incroyable et changera un détail responsable de tout. Dans les premiers refrains, les deux derniers vers sont :
"In my imagination you're waiting lying on your side,
With your hands between your thighs"
Littéralement : je t'imagine allongée sur le côté, les mains entre tes cuisses. Mais dans le dernier refrain, Turner rajoutera à la fin de cette phrase "and a smile". Dorénavant, en retournant to 505 il imaginera sa "darling" en train de sourire, et c'est ce qui changera sa monotonie en une explosion forte et intense. Le passage à 2 minutes et 28 secondes de la piste étant la plaque tournante de cette relation.
Qu'en pensez vous ? L'avez vous ressenti ainsi ? A vous de jouer, d'écouter, de réécouter de ressentir...
Pour les adeptes des live, la performance ci-après est parfaite :
dimanche 18 avril 2010
History Repeating par Shirley Bassey And The Propellerheads
Bonjour à tous !
Mal en point est le blogger sans connexion internet. Mais heureusement, par un subterfuge dont je tairais les vices, nous allons pouvoir écouter de la musique cette semaine.
Plus précisément, nous allons nous amuser avec cette rencontre entre Shirley Bassey et The Propellerheads et cette piste sortie en 1997. Alors faites de la place autour de vous, et préparez vous à vous défouler !
Shirley Bassey ; The Proppelerheads
Qui connait Shirley Bassey ? Mis à part les spécialistes, peu de monde. Sa sortie du monde de la soul s'étant faite grâce aux nombreux génériques de James Bond qu'elle peut se targuer d'avoir chanter, mais aussi grâce à cette piste, qui la fit connaitre du public pop et hip-pop (wikipédia).
Qui connait Propellerheads ? Mis à part les spécialistes, peu de monde. Ce groupe se présente comme un duo de DJ au style difficilement descriptible, qualifié couramment de "big beat". Pour les amateurs de cinéma, ils sont les auteurs d'une piste de la BO de Matrix 1 (à visionner ici)
Il me sera difficile d'en dire beaucoup plus sur ces deux entités car mise à part cette piste, je serais bien incapable de mentionner une quelconque autre création de ces artistes... Alors lançons nous à corps perdu dans ce titre !
Suspense d'un jour...
Dès le début, la piste nous emmène dans une ambiance à l'esprit tout à fait 60s avec un orgue au son parfaitement nostalgique qui nous rappelle la grande époque d'un Billy Preston ou encore du grand Ray Charles. Cet intro, glissant sur un rythme marqué par les contre-temps, nous donne une sensation de groove bien maitrisé et ne laisse présager que des bonnes choses pour la suite.
La voix de Shirley Bassey, compacte et chaude à la fois, vient alors fendre cette atmosphère pour se poser sur une nappe d'un orgue qui ne fait qu'augmenter le suspense. Que nous préparent-ils ? A cet instant, on sent bien que la piste n'est pas encore tout à fait lancée et l'on reste dans l'attente car nos pieds ont déjà commencé à bouger, dès les premières notes.
Puis le silence se fait, et laisse exploser la voix, qui force magnifiquement sur les mots "history repeating", en fin de vers, comme si elle dessinait l'esquisse d'une caricature des voix black de la soul, tout en restant dans l'élégance du style.
Modern Jazz vs. Big beat
C'est parti, nous voilà à présent lancés dans la piste. Le choc des cultures est d'autant plus frappant que le rythme est entrainant. Le rythme de batterie est claquant, stable, inaliénable, la basse est imperturbable, ressassant la même ligne mélodique à l'infini, inlassablement. Il est clair que l'on voit ici les prémices de la musique électronique d'aujourd'hui, avec des lignes de fond qui ne bougent pas tout le long du morceau.
Le contraste est flagrant avec le piano et le synthé qui courent en tête sur des rythmes chaloupés, en contre-temps, qui contrastent avec la régularité de la section rythmique qui se contente de rester sur les rails de la mesure à 4 temps.
Shirley Bassey, elle, continue sur sa lancée, avec sa voix soul et ses tremolos, elle sait rester à la limite de l'élégance et ne passe jamais du côté grandiloquent et de mauvais goût qu'elle a les moyens de donner à sa voix.
Pour ajouter encore à cette touche 60s, les cuivres font soudainement leur apparition. Sur des mélodies dignes des grands instants Gershwiniens, ils deviennent les moteurs du morceau et font pénétrer en nous tout le groove et l'énergie contenu dans la piste et surtout dans la voix. Et comme pour marquer, une fois de plus, le métissage du style, le DJ nous rappelle qu'il maitrise les cuivres et nous le prouve en "scratchant" leur mélodie.
La fin de la piste est remarquable par la montée d'un son très grave, c'est celui d'un des cuivres qui sonne comme la corne d'un bateau et annonce le départ, la fin, l'au revoir. Shirley Bassey assène sa sentence ("I've seen it before, i'll see it again") comme une malédiction jetée à l'avenir de la musique. Et enfin, pour définitivement arrêter le morceau, le gong est sonné, après une partie de piano qui nous fait croire que celui-ci est devenu fou et ne peut plus se maitriser après l'écoute de cette piste. Un peu comme nous, derrière notre écran, ne pouvant retenir nos jambes de s'agiter.
Hypocrisie ou clairvoyance ?
Il est à noter que les paroles de cette piste sont particulièrement croustillantes.
En effet, dans les premiers vers, elles évoquent un nouveau style qui est en train de prendre de l'importance, de grandir, tout comme l'intro qui monte au fur et à mesure en tension. Le mélange des genres que l'on vient d'observer à l'écoute de la chanson nous laisse imaginer que les paroles seraient porteuses de leur propre musique, évoquant une évolution voire une révolution, l'invention d'un nouveau style, pourquoi pas le Jazz beat ?
Mais, en vérité, de l'avis de la chanteuse, tout ceci n'est simplement que "history repeating". Evitons de traduire ce terme.
Le débat est lancé, avons nous affaire à un vrai nouveau style ou alors est-ce le simple mélange de deux entités déjà existantes auparavant ?
Une fois encore, la piste va jouer avec les contradictions et les contrastes qui sont la base de la composition du morceau : oldies/moderne, instruments à vent/synthétiseur, contre-temps/régularité... Et c'est toute cette alchimie qui va faire de cette chanson quelque chose d'universel, d'entrainant et de réussi.
A vous de jouer : écoutez, réécoutez et ressentez.
Pour cette semaine j'ai essayé de choisir une piste qui ne ferait pas appel à nos émotions fortes et profondes mais plutôt à notre ressenti de la chaleur et de l'énergie que peut dégager la musique et qui nous donnent la sensation d'être pendant quelques minutes en apesanteur dans un monde multi-colore, chaud et débordant d'une énergie vitale dont on est autorisés à se servir à l'infini.
Mal en point est le blogger sans connexion internet. Mais heureusement, par un subterfuge dont je tairais les vices, nous allons pouvoir écouter de la musique cette semaine.
Plus précisément, nous allons nous amuser avec cette rencontre entre Shirley Bassey et The Propellerheads et cette piste sortie en 1997. Alors faites de la place autour de vous, et préparez vous à vous défouler !
Shirley Bassey ; The Proppelerheads
Qui connait Shirley Bassey ? Mis à part les spécialistes, peu de monde. Sa sortie du monde de la soul s'étant faite grâce aux nombreux génériques de James Bond qu'elle peut se targuer d'avoir chanter, mais aussi grâce à cette piste, qui la fit connaitre du public pop et hip-pop (wikipédia).
Qui connait Propellerheads ? Mis à part les spécialistes, peu de monde. Ce groupe se présente comme un duo de DJ au style difficilement descriptible, qualifié couramment de "big beat". Pour les amateurs de cinéma, ils sont les auteurs d'une piste de la BO de Matrix 1 (à visionner ici)
Il me sera difficile d'en dire beaucoup plus sur ces deux entités car mise à part cette piste, je serais bien incapable de mentionner une quelconque autre création de ces artistes... Alors lançons nous à corps perdu dans ce titre !
Suspense d'un jour...
Dès le début, la piste nous emmène dans une ambiance à l'esprit tout à fait 60s avec un orgue au son parfaitement nostalgique qui nous rappelle la grande époque d'un Billy Preston ou encore du grand Ray Charles. Cet intro, glissant sur un rythme marqué par les contre-temps, nous donne une sensation de groove bien maitrisé et ne laisse présager que des bonnes choses pour la suite.
La voix de Shirley Bassey, compacte et chaude à la fois, vient alors fendre cette atmosphère pour se poser sur une nappe d'un orgue qui ne fait qu'augmenter le suspense. Que nous préparent-ils ? A cet instant, on sent bien que la piste n'est pas encore tout à fait lancée et l'on reste dans l'attente car nos pieds ont déjà commencé à bouger, dès les premières notes.
Puis le silence se fait, et laisse exploser la voix, qui force magnifiquement sur les mots "history repeating", en fin de vers, comme si elle dessinait l'esquisse d'une caricature des voix black de la soul, tout en restant dans l'élégance du style.
Modern Jazz vs. Big beat
C'est parti, nous voilà à présent lancés dans la piste. Le choc des cultures est d'autant plus frappant que le rythme est entrainant. Le rythme de batterie est claquant, stable, inaliénable, la basse est imperturbable, ressassant la même ligne mélodique à l'infini, inlassablement. Il est clair que l'on voit ici les prémices de la musique électronique d'aujourd'hui, avec des lignes de fond qui ne bougent pas tout le long du morceau.
Le contraste est flagrant avec le piano et le synthé qui courent en tête sur des rythmes chaloupés, en contre-temps, qui contrastent avec la régularité de la section rythmique qui se contente de rester sur les rails de la mesure à 4 temps.
Shirley Bassey, elle, continue sur sa lancée, avec sa voix soul et ses tremolos, elle sait rester à la limite de l'élégance et ne passe jamais du côté grandiloquent et de mauvais goût qu'elle a les moyens de donner à sa voix.
Pour ajouter encore à cette touche 60s, les cuivres font soudainement leur apparition. Sur des mélodies dignes des grands instants Gershwiniens, ils deviennent les moteurs du morceau et font pénétrer en nous tout le groove et l'énergie contenu dans la piste et surtout dans la voix. Et comme pour marquer, une fois de plus, le métissage du style, le DJ nous rappelle qu'il maitrise les cuivres et nous le prouve en "scratchant" leur mélodie.
La fin de la piste est remarquable par la montée d'un son très grave, c'est celui d'un des cuivres qui sonne comme la corne d'un bateau et annonce le départ, la fin, l'au revoir. Shirley Bassey assène sa sentence ("I've seen it before, i'll see it again") comme une malédiction jetée à l'avenir de la musique. Et enfin, pour définitivement arrêter le morceau, le gong est sonné, après une partie de piano qui nous fait croire que celui-ci est devenu fou et ne peut plus se maitriser après l'écoute de cette piste. Un peu comme nous, derrière notre écran, ne pouvant retenir nos jambes de s'agiter.
Hypocrisie ou clairvoyance ?
Il est à noter que les paroles de cette piste sont particulièrement croustillantes.
En effet, dans les premiers vers, elles évoquent un nouveau style qui est en train de prendre de l'importance, de grandir, tout comme l'intro qui monte au fur et à mesure en tension. Le mélange des genres que l'on vient d'observer à l'écoute de la chanson nous laisse imaginer que les paroles seraient porteuses de leur propre musique, évoquant une évolution voire une révolution, l'invention d'un nouveau style, pourquoi pas le Jazz beat ?
Mais, en vérité, de l'avis de la chanteuse, tout ceci n'est simplement que "history repeating". Evitons de traduire ce terme.
Le débat est lancé, avons nous affaire à un vrai nouveau style ou alors est-ce le simple mélange de deux entités déjà existantes auparavant ?
Une fois encore, la piste va jouer avec les contradictions et les contrastes qui sont la base de la composition du morceau : oldies/moderne, instruments à vent/synthétiseur, contre-temps/régularité... Et c'est toute cette alchimie qui va faire de cette chanson quelque chose d'universel, d'entrainant et de réussi.
A vous de jouer : écoutez, réécoutez et ressentez.
Pour cette semaine j'ai essayé de choisir une piste qui ne ferait pas appel à nos émotions fortes et profondes mais plutôt à notre ressenti de la chaleur et de l'énergie que peut dégager la musique et qui nous donnent la sensation d'être pendant quelques minutes en apesanteur dans un monde multi-colore, chaud et débordant d'une énergie vitale dont on est autorisés à se servir à l'infini.
vendredi 9 avril 2010
It's A Man's Man's Man's World par James Brown
Bonjour à tous !
Comme vous avez pu le remarquer, aucun article n'a été posté la semaine dernière. Cette décision a été prise pour deux raisons : la première concerne nôtre repos. En effet toute cette émotion déversée sur cette page en trois semaines était particulièrement prenante et parfois dure à encaisser, c'est pourquoi j'ai pensé que nous avions besoin de repos, d'une part pour nous remettre d'aplomb et d'autre part pour prendre le temps de réécouter les pistes précédentes. Je suis persuadé que cette interruption n'aura que des effets bénéfiques pour les semaines à venir, c'est pourquoi ce genre d'événement risque de se reproduire lorsque je sentirai venir le tiraillement des émotions.
La deuxième raison, plus anecdotique et succincte, concerne le fait que je n'aurais pas du être là cette semaine pour écrire, c'est donc en hommage en ma non-absence que je décidai de respecter une semaine de silence...
Cette semaine encore, un beau voyage nous attend. Un classique, encore ? Certes, mais tellement éloigné du précédent et surtout beaucoup plus moderne que je ne trouve pas ça choquant. De plus, je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais le choix de cette piste s'est imposé comme une évidence.
1965, James Brown est en pleine apogée de sa funk soul, il sort alors ce single, co-écrit avec sa femme. Est-il utile de préciser que les deux années précédentes il avait sorti successivement Papa's Got a Brand New Bag et I Got You ? C'est pourquoi je ne préfère pas m'attarder sur la carrière de ce grand Homme, trop longue et bien trop lumineuse.
Digne des plus grands films muets de la belle époque, l'introduction de la piste nous inspire une grandiloquence peu enviable. Les tambours battant, la descente des violons aux enfers, tout ceci pourrait nous inquiéter de l'aspect et de l'esprit dans lequel s'engage la chanson. Mais c'est le maître lui-même qui, grâce à sa voix, stoppe ce phénomène et, a capella, nous renvoie toute une déchirure.
"This is a Man's World !"
Ca y est, la vérité est dite, criée même. Cette première phrase est à peine achevée, la voix comme étouffée, coupée par cette constatation qui le révolte. James Brown nous démontre en un seul vers qu'il possède l'une des plus belles et des plus touchantes voix soul de tous les temps.
"But it would be nothing, nothing !
without a woman or a girl"
Cette phrase est à prendre en deux temps. Dans la première partie, on sent tout le corps du chanteur pousser cette voix à s'abimer, s'érailler, pour hurler cet amour envers les êtres les plus importants du monde : une femme, une fille. Et c'est seulement au moment de citer ces dernières que les cordes vocales de Brown vont se détendre et s'adoucir pour évoquer des joyaux à ne pas abimer à chérir sans les meurtrir. Le message est simple, une dissertation ne serait qu'une perte de temps pour expliquer le message, mais quoi de plus beau que cette simplicité. Plus qu'une déclaration d'amour, une révolution dans un monde des années 60 où la femme essaye de rattraper les droits civiques dont les hommes les ont privées et surtout de sortir des modèles sociaux dans lesquels ces mêmes hommes les avaient enfermées.
Pour le reste des paroles c'est ici : http://www.stlyrics.com/songs/j/jamesbrown4607/itsamansmansmansworld207850.html
S'ensuit un couplet, évoquant les grands succès et grandes découvertes techniques de l'homme. Ce dernier a donc tout inventé, mais qu'aurait-il fait sans son opposée ? "Nothing". Tout est clair, net. Sauf peut-être ce vers : "Man made the boat for the water". Je vous demanderais de bien l'écouter attentivement, car elle serait assez sujette à polémique si l'on entendait à la place "Man made the bullet for the war". Est ce que James Brown a volontairement articulé cette phrase de manière peu commune pour tromper son monde ? Personne ne le saura certainement jamais...
Le deuxième couplet appuiera plus sur l'aspect "affectif" que technique des hommes. Ceux-ci ne savent donc rendre leurs enfants heureux qu'en leur fabriquant des jouets... Le monde ne serait donc rien sans l'amour que sont capables d'apporter les femmes. Et enfin, cette petite satyre sur le monde capitaliste que les hommes ont créé : "And after man has made everything, everything he can, You know that man makes money to buy from other man"
Et puis, encore, ce cri, comme s'il venait d'apprendre la nouvelle et qu'il voulait le dire au monde entier. "But it would be nothing, nothing", on ne pourra lui oter cette idée de l'esprit.
Au delà de ces paroles magnifiques et de ce chant à couper le souffle, il faut écouter la musique. Aussi pure et simple que les paroles. Il nous féliciter batteur et bassiste pour leur régularité et leur élégance sur un rythme aussi lent. Mais soulignons également la performance du guitariste qui ne se contentera que d'une seule note par mesure, régulièrement, comme une pointe de grâce apportée chaque fois comme une perle rare à la musique. Il faut absolument se rendre compte que la performance des musiciens sur un tempo aussi bas est exceptionnel. A noter également les violons qui rajoute une dimension tout à fait dramatique à l'émotion dégagée par le chant.
Et pour respecter toute la pureté de cette piste, je vous laisse à votre tour écouter, réécouter et ressentir...
Dans le live suivant, c'est toute la version studio qui est exacerbée. On retrouve James Brown, en sueur, en transe, écoutez-le hurler cet amour, cet envie qui fait vibrer tout son corps et toute son âme. La performance est absolument magnifique au niveau de la voix, parfaitement maitrisée malgré l'émotion, et des musiciens qui font une démonstration de synchronisation et de régularité rare. J'ai, à un moment donné hésité à la présenter à la place de l'originale...
Comme vous avez pu le remarquer, aucun article n'a été posté la semaine dernière. Cette décision a été prise pour deux raisons : la première concerne nôtre repos. En effet toute cette émotion déversée sur cette page en trois semaines était particulièrement prenante et parfois dure à encaisser, c'est pourquoi j'ai pensé que nous avions besoin de repos, d'une part pour nous remettre d'aplomb et d'autre part pour prendre le temps de réécouter les pistes précédentes. Je suis persuadé que cette interruption n'aura que des effets bénéfiques pour les semaines à venir, c'est pourquoi ce genre d'événement risque de se reproduire lorsque je sentirai venir le tiraillement des émotions.
La deuxième raison, plus anecdotique et succincte, concerne le fait que je n'aurais pas du être là cette semaine pour écrire, c'est donc en hommage en ma non-absence que je décidai de respecter une semaine de silence...
Cette semaine encore, un beau voyage nous attend. Un classique, encore ? Certes, mais tellement éloigné du précédent et surtout beaucoup plus moderne que je ne trouve pas ça choquant. De plus, je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais le choix de cette piste s'est imposé comme une évidence.
1965, James Brown est en pleine apogée de sa funk soul, il sort alors ce single, co-écrit avec sa femme. Est-il utile de préciser que les deux années précédentes il avait sorti successivement Papa's Got a Brand New Bag et I Got You ? C'est pourquoi je ne préfère pas m'attarder sur la carrière de ce grand Homme, trop longue et bien trop lumineuse.
Digne des plus grands films muets de la belle époque, l'introduction de la piste nous inspire une grandiloquence peu enviable. Les tambours battant, la descente des violons aux enfers, tout ceci pourrait nous inquiéter de l'aspect et de l'esprit dans lequel s'engage la chanson. Mais c'est le maître lui-même qui, grâce à sa voix, stoppe ce phénomène et, a capella, nous renvoie toute une déchirure.
"This is a Man's World !"
Ca y est, la vérité est dite, criée même. Cette première phrase est à peine achevée, la voix comme étouffée, coupée par cette constatation qui le révolte. James Brown nous démontre en un seul vers qu'il possède l'une des plus belles et des plus touchantes voix soul de tous les temps.
"But it would be nothing, nothing !
without a woman or a girl"
Cette phrase est à prendre en deux temps. Dans la première partie, on sent tout le corps du chanteur pousser cette voix à s'abimer, s'érailler, pour hurler cet amour envers les êtres les plus importants du monde : une femme, une fille. Et c'est seulement au moment de citer ces dernières que les cordes vocales de Brown vont se détendre et s'adoucir pour évoquer des joyaux à ne pas abimer à chérir sans les meurtrir. Le message est simple, une dissertation ne serait qu'une perte de temps pour expliquer le message, mais quoi de plus beau que cette simplicité. Plus qu'une déclaration d'amour, une révolution dans un monde des années 60 où la femme essaye de rattraper les droits civiques dont les hommes les ont privées et surtout de sortir des modèles sociaux dans lesquels ces mêmes hommes les avaient enfermées.
Pour le reste des paroles c'est ici : http://www.stlyrics.com/songs/j/jamesbrown4607/itsamansmansmansworld207850.html
S'ensuit un couplet, évoquant les grands succès et grandes découvertes techniques de l'homme. Ce dernier a donc tout inventé, mais qu'aurait-il fait sans son opposée ? "Nothing". Tout est clair, net. Sauf peut-être ce vers : "Man made the boat for the water". Je vous demanderais de bien l'écouter attentivement, car elle serait assez sujette à polémique si l'on entendait à la place "Man made the bullet for the war". Est ce que James Brown a volontairement articulé cette phrase de manière peu commune pour tromper son monde ? Personne ne le saura certainement jamais...
Le deuxième couplet appuiera plus sur l'aspect "affectif" que technique des hommes. Ceux-ci ne savent donc rendre leurs enfants heureux qu'en leur fabriquant des jouets... Le monde ne serait donc rien sans l'amour que sont capables d'apporter les femmes. Et enfin, cette petite satyre sur le monde capitaliste que les hommes ont créé : "And after man has made everything, everything he can, You know that man makes money to buy from other man"
Et puis, encore, ce cri, comme s'il venait d'apprendre la nouvelle et qu'il voulait le dire au monde entier. "But it would be nothing, nothing", on ne pourra lui oter cette idée de l'esprit.
Au delà de ces paroles magnifiques et de ce chant à couper le souffle, il faut écouter la musique. Aussi pure et simple que les paroles. Il nous féliciter batteur et bassiste pour leur régularité et leur élégance sur un rythme aussi lent. Mais soulignons également la performance du guitariste qui ne se contentera que d'une seule note par mesure, régulièrement, comme une pointe de grâce apportée chaque fois comme une perle rare à la musique. Il faut absolument se rendre compte que la performance des musiciens sur un tempo aussi bas est exceptionnel. A noter également les violons qui rajoute une dimension tout à fait dramatique à l'émotion dégagée par le chant.
Et pour respecter toute la pureté de cette piste, je vous laisse à votre tour écouter, réécouter et ressentir...
Dans le live suivant, c'est toute la version studio qui est exacerbée. On retrouve James Brown, en sueur, en transe, écoutez-le hurler cet amour, cet envie qui fait vibrer tout son corps et toute son âme. La performance est absolument magnifique au niveau de la voix, parfaitement maitrisée malgré l'émotion, et des musiciens qui font une démonstration de synchronisation et de régularité rare. J'ai, à un moment donné hésité à la présenter à la place de l'originale...
lundi 29 mars 2010
Five Years par David Bowie
Bonjour à tous !
L'heure est grave. Aujourd'hui je décide de prendre un risque en me lançant dans un classique des classiques. Comment ne pas décevoir, voire froisser, les plus grands admirateurs de ce personnage incroyable qu'est David Bowie ?
C'est pourquoi je vais essayer de rester dans le sujet qui m'importe le plus et qui, ici, domine le reste : l'émotion dégagée. Ne comptez pas sur moi pour apporter un quelconque jugement de valeur ; ou alors traitez moi d'hypocrite car vous savez très bien que j'apprécie toujours les chansons sur lesquelles j'écris...
Il serait beaucoup trop long de présenter David Bowie, de plus, une fois encore, Wikipédia ferait ça bien mieux que moi. Toutefois, quelques précisions sont à apportées pour redéfinir le cadre dans lequel cette piste a été écrite. Five Years est la chanson d'ouverture de l'album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars que l'on appellera Ziggy Stardust afin de nous simplifier la tâche et d'alléger la prose. Cet album sort en 1972 et marque le début de la mystification du "personnage" Bowie. Ce dernier y incarne Ziggy Stardust, héros androgyne venant de l'espace et venu rendre visite aux humains. On y retrouvera nombre de titres fondateurs et superbes qui participeront à l'édification du phénomène musical comme Starman, Suffragette City, Rock'n'Roll Suicide, Lady Stardust ou encore Ziggy Stardust et enfin le très lyrique Five Years.
Et voilà pour les paroles, sur lesquelles nous nous attarderont longuement : http://www.lyricsfreak.com/d/david+bowie/five+years_20036908.html
La piste débute tout d'abord par une intro peu commune. Une batterie, seule, un rythme marqué par ses contre-temps, des coups secs, tout ceci forme un ensemble relativement hostile au bien-être de l'écoute et nous promet une suite au dénouement abrupte.
Toutefois l'entrée du piano, accompagné de la basse et d'une guitare 12 cordes, nous donnent l'illusion pour un moment d'un confort et d'une quiétude sans failles. Leur rythme est calme, sans fioritures, les trois compères se contentent de marquer le premier temps de chaque nouvelle mesure et laisse tout le temps au chanteur d'introduire son histoire. Dès les premières phrases, Bowie nous rend compte de la situation dramatique dans lequel le monde s'est embarqué. "News had just come over, We had five years left to cry in". "Earth was really dying" voilà ce qu'annonce le présentateur du journal télévisé à ses téléspectateurs, ne pouvant retenir ses larmes à l'annonce de cette tragédie : dans cinq années tout sera fini, il n'y aura plus rien, le néant. La Terre meurt ! La situation est tout à fait inédite, comment va réagir la population et comment va réagir notre héros à cette nouvelle, voilà ce qui sera intéressant dans la suite de la piste.
L'interprétation par Bowie de ces premiers vers est déjà formidable. En à peine quelques secondes il parvient à nous faire ressentir l'atmosphère de désespoir et de désillusion qui entoure ce chagrin universel. Sa voix ne s'attarde pas sur les syllabes, il n'en ni la force ni la foi, et chacune de ces phrases partent des aiguës pour terminer dans les graves. Seul devant son micro, dans son studio d'enregistrement, Bowie vit totalement cet instant et son imaginaire nous le décrit comme s'il le voyait seconde après seconde.
Impuissant, il se plaint, se souvient. Toute ces choses stockées dans son cerveau, bourrant sa boite cranienne, tous ces personnes qu'il a croisé, qu'ils l'ont aidé "All the nobody people and all the somebody people", tout ça n'a plus de sens à présent, cela le rebelle. Toutes ces rencontres vont-elles donc se résumer au néant, disparaitre à jamais dans cinq ans ?
Ce passage marque la seule variation des accords de tout le morceau, dans lequel la suite de quatre accords sera toujours la même, du début à la fin, une continuité accentuée par une batterie constante, inébranlable, contrastant avec les émotions de plus en plus fortes du chanteur.
La suite du morceau va être marquée par l'augmentation de l'intensité musicale qui nous mènera jusqu'à l'explosion finale.
Bowie assiste à la folie déclenchée par l'annonce de la catastrophe à venir, tout n'est que ridicule et violence, le spectateur qu'il est traverse différentes scènes et ne peut qu'observer, incrédule, la dégénération de ses semblables. Une femme veut étriper des enfants, un policeman baise les pieds d'un prêtre ce qui donne la nausée à un travelo... Bowie ne peut rien et ne veut rien faire pour eux, il passe comme un fantôme, plus rien ne le soucie à présent. Sa voix est presque neutre tandis que les violons commencent à doucement monter, discrètement et que le piano se met à broder. Cet intermède prépare la phase finale du décollage auquel nous allons assister et dans lequel Bowie va nous embarquer, quasiment de force.
C'est à cet instant précis qu'il va faire la rencontre qui changera sa vie, pour cinq ans. Elle ou il était là, buvant un milk-shake, calme, souriant(e), "looking so fine", bref, un contraste total avec ce auquel il a pu assisté jusqu'ici, enfin un ilot de bonheur dans ce monde brutal et stupide où l'espoir n'est plus permis, où la désillusion est un sentiment universel et inaliénable. Bowie s'adresse directement à cette nouvelle rencontre, il n'est plus le simple spectateur, il a retrouvé une raison d'aimer la vie, de s'impliquer dans une relation humaine, sa voix en devient presque sautillante. "Pouvais-tu te douter que tu serais dans cette chanson ?" demande-t-il.
Puis la voix et le piano vont s'engager dans un rythme accélérant le décollage. Des phrases plus courtes, des syllabes ciselées, on dirait que Bowie est haletant à ces mots, qu'il a du mal à reprendre son souffle, ses émotions l'empêchant de s'exprimer, ses larmes noyant ses cordes vocales. Le piano ne manquant pas à l'appel, plaquant ses accords à un rythme régulier, impossible de faire machine arrière à présent. "I kiss you, you're beautiful, I want you to walk !". Quoi de plus simple que ces trois embryons de phrases, et quoi de plus beau ? Lorsqu'il chante cette phrase, Bowie hurle son amour, pure et sans limite. Un baiser, de la beauté, une simplicité parfaitement bien venue dans ce monde parti dans la débâcle de son anéantissement.
Et pourtant pourquoi tant de tristesse dans la voix de notre héros ? Parce que cinq années ne seront jamais suffisantes pour assouvir tout ce besoin d'aimer, de donner.
"Five years, that's all we've got !" Le désespoir a repris le dessus, Bowie s'égosille devant son micro, il refuse cette réalité, il ne veut pas y croire. Cette fin, d'un lyrisme hors norme, est appuyée par les violons qui tirent comme une sonnette d'alarme, restant sur la même note et annonçant la fin imminente qui ronge tant ce chanteur, pleurant littéralement dans la dernière minute, lui donnant une beauté absolue par l'intensité des émotions qu'il nous transfère. Il nous demande presque de pleurer avec lui, et c'est ce que certains feront, car ces cinq ans concernent tout le monde, et lui ne peut supporter cette injustice de devoir souffrir bonheur et désespoir à la fois.
Et d'un coup, voilà que tout se termine, tout retombe, c'en est fini. Seule, la batterie reste, comme un fil de vie qui voit passer les émotions, qui assiste au théâtre des sentiments mais qui ne bouge pas, qui reste inexorablement en place. Qu'en sera-t-il dans cinq ans ? Continuera-t-elle ? Où est-ce un faux espoir ? A nous de décider...
Ecoutez, réécoutez et ressentez !
Une très belle version de Brian Molko, seul avec sa guitare et sa voix à fleur de peau, à écouter...
L'heure est grave. Aujourd'hui je décide de prendre un risque en me lançant dans un classique des classiques. Comment ne pas décevoir, voire froisser, les plus grands admirateurs de ce personnage incroyable qu'est David Bowie ?
C'est pourquoi je vais essayer de rester dans le sujet qui m'importe le plus et qui, ici, domine le reste : l'émotion dégagée. Ne comptez pas sur moi pour apporter un quelconque jugement de valeur ; ou alors traitez moi d'hypocrite car vous savez très bien que j'apprécie toujours les chansons sur lesquelles j'écris...
Il serait beaucoup trop long de présenter David Bowie, de plus, une fois encore, Wikipédia ferait ça bien mieux que moi. Toutefois, quelques précisions sont à apportées pour redéfinir le cadre dans lequel cette piste a été écrite. Five Years est la chanson d'ouverture de l'album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars que l'on appellera Ziggy Stardust afin de nous simplifier la tâche et d'alléger la prose. Cet album sort en 1972 et marque le début de la mystification du "personnage" Bowie. Ce dernier y incarne Ziggy Stardust, héros androgyne venant de l'espace et venu rendre visite aux humains. On y retrouvera nombre de titres fondateurs et superbes qui participeront à l'édification du phénomène musical comme Starman, Suffragette City, Rock'n'Roll Suicide, Lady Stardust ou encore Ziggy Stardust et enfin le très lyrique Five Years.
Et voilà pour les paroles, sur lesquelles nous nous attarderont longuement : http://www.lyricsfreak.com/d/david+bowie/five+years_20036908.html
La piste débute tout d'abord par une intro peu commune. Une batterie, seule, un rythme marqué par ses contre-temps, des coups secs, tout ceci forme un ensemble relativement hostile au bien-être de l'écoute et nous promet une suite au dénouement abrupte.
Toutefois l'entrée du piano, accompagné de la basse et d'une guitare 12 cordes, nous donnent l'illusion pour un moment d'un confort et d'une quiétude sans failles. Leur rythme est calme, sans fioritures, les trois compères se contentent de marquer le premier temps de chaque nouvelle mesure et laisse tout le temps au chanteur d'introduire son histoire. Dès les premières phrases, Bowie nous rend compte de la situation dramatique dans lequel le monde s'est embarqué. "News had just come over, We had five years left to cry in". "Earth was really dying" voilà ce qu'annonce le présentateur du journal télévisé à ses téléspectateurs, ne pouvant retenir ses larmes à l'annonce de cette tragédie : dans cinq années tout sera fini, il n'y aura plus rien, le néant. La Terre meurt ! La situation est tout à fait inédite, comment va réagir la population et comment va réagir notre héros à cette nouvelle, voilà ce qui sera intéressant dans la suite de la piste.
L'interprétation par Bowie de ces premiers vers est déjà formidable. En à peine quelques secondes il parvient à nous faire ressentir l'atmosphère de désespoir et de désillusion qui entoure ce chagrin universel. Sa voix ne s'attarde pas sur les syllabes, il n'en ni la force ni la foi, et chacune de ces phrases partent des aiguës pour terminer dans les graves. Seul devant son micro, dans son studio d'enregistrement, Bowie vit totalement cet instant et son imaginaire nous le décrit comme s'il le voyait seconde après seconde.
Impuissant, il se plaint, se souvient. Toute ces choses stockées dans son cerveau, bourrant sa boite cranienne, tous ces personnes qu'il a croisé, qu'ils l'ont aidé "All the nobody people and all the somebody people", tout ça n'a plus de sens à présent, cela le rebelle. Toutes ces rencontres vont-elles donc se résumer au néant, disparaitre à jamais dans cinq ans ?
Ce passage marque la seule variation des accords de tout le morceau, dans lequel la suite de quatre accords sera toujours la même, du début à la fin, une continuité accentuée par une batterie constante, inébranlable, contrastant avec les émotions de plus en plus fortes du chanteur.
La suite du morceau va être marquée par l'augmentation de l'intensité musicale qui nous mènera jusqu'à l'explosion finale.
Bowie assiste à la folie déclenchée par l'annonce de la catastrophe à venir, tout n'est que ridicule et violence, le spectateur qu'il est traverse différentes scènes et ne peut qu'observer, incrédule, la dégénération de ses semblables. Une femme veut étriper des enfants, un policeman baise les pieds d'un prêtre ce qui donne la nausée à un travelo... Bowie ne peut rien et ne veut rien faire pour eux, il passe comme un fantôme, plus rien ne le soucie à présent. Sa voix est presque neutre tandis que les violons commencent à doucement monter, discrètement et que le piano se met à broder. Cet intermède prépare la phase finale du décollage auquel nous allons assister et dans lequel Bowie va nous embarquer, quasiment de force.
C'est à cet instant précis qu'il va faire la rencontre qui changera sa vie, pour cinq ans. Elle ou il était là, buvant un milk-shake, calme, souriant(e), "looking so fine", bref, un contraste total avec ce auquel il a pu assisté jusqu'ici, enfin un ilot de bonheur dans ce monde brutal et stupide où l'espoir n'est plus permis, où la désillusion est un sentiment universel et inaliénable. Bowie s'adresse directement à cette nouvelle rencontre, il n'est plus le simple spectateur, il a retrouvé une raison d'aimer la vie, de s'impliquer dans une relation humaine, sa voix en devient presque sautillante. "Pouvais-tu te douter que tu serais dans cette chanson ?" demande-t-il.
Puis la voix et le piano vont s'engager dans un rythme accélérant le décollage. Des phrases plus courtes, des syllabes ciselées, on dirait que Bowie est haletant à ces mots, qu'il a du mal à reprendre son souffle, ses émotions l'empêchant de s'exprimer, ses larmes noyant ses cordes vocales. Le piano ne manquant pas à l'appel, plaquant ses accords à un rythme régulier, impossible de faire machine arrière à présent. "I kiss you, you're beautiful, I want you to walk !". Quoi de plus simple que ces trois embryons de phrases, et quoi de plus beau ? Lorsqu'il chante cette phrase, Bowie hurle son amour, pure et sans limite. Un baiser, de la beauté, une simplicité parfaitement bien venue dans ce monde parti dans la débâcle de son anéantissement.
Et pourtant pourquoi tant de tristesse dans la voix de notre héros ? Parce que cinq années ne seront jamais suffisantes pour assouvir tout ce besoin d'aimer, de donner.
"Five years, that's all we've got !" Le désespoir a repris le dessus, Bowie s'égosille devant son micro, il refuse cette réalité, il ne veut pas y croire. Cette fin, d'un lyrisme hors norme, est appuyée par les violons qui tirent comme une sonnette d'alarme, restant sur la même note et annonçant la fin imminente qui ronge tant ce chanteur, pleurant littéralement dans la dernière minute, lui donnant une beauté absolue par l'intensité des émotions qu'il nous transfère. Il nous demande presque de pleurer avec lui, et c'est ce que certains feront, car ces cinq ans concernent tout le monde, et lui ne peut supporter cette injustice de devoir souffrir bonheur et désespoir à la fois.
Et d'un coup, voilà que tout se termine, tout retombe, c'en est fini. Seule, la batterie reste, comme un fil de vie qui voit passer les émotions, qui assiste au théâtre des sentiments mais qui ne bouge pas, qui reste inexorablement en place. Qu'en sera-t-il dans cinq ans ? Continuera-t-elle ? Où est-ce un faux espoir ? A nous de décider...
Ecoutez, réécoutez et ressentez !
Une très belle version de Brian Molko, seul avec sa guitare et sa voix à fleur de peau, à écouter...
lundi 22 mars 2010
Time For Heroes par The Libertines
Bonjour à tous !
Tout d'abord je tenais à m'excuser de n'avoir rien poster lundi dernier, mon séjour à la montagne m'en empêchant. J'entends déjà les mauvaises langues râler, dire que ça ne tiendra pas, etc, néanmoins Une nouvelle semaine, Une nouvelle piste...c'est parti !
Et accrochez vos ceintures car nous allons brusquement passer d'un univers à l'autre. En effet, après nous être aventurés dans le monde violent et boueux de Jack White, nous allons nous diriger vers celui beaucoup plus fantasmagorique et poétique de Peter Doherty. Ah, ça y est ! Je sens qu'à l'évocation de ce nom j'ai déjà perdu la moitié d'entre vous ! Pour éviter que cela se reproduise, dressons un court portrait de ce chanteur tout aussi talentueux que déjanté...
Peter Doherty est tout d'abord Pete Doherty, chanteur et guitariste au sein du groupe The Libertines. Accompagné et épaulé par Carl Barât, il y compose deux albums (Up the Bracket et un album éponyme) sur lesquels on retrouve des compostions mêlant des mélodies d'une grande sensibilité et des rythmes punks enragés, tout ça sous la houlette d'un producteur plus que prestigieux, j'ai nommé Mick Jones (guitariste de The Clash, pour les Alzheimer).
Toujours sous les projecteurs des magazines people qui se gavent de ses frasques de rock star typique (c'est sur, on en avait pas vu depuis au moins vingt ans), Doherty se lance dans un nouveau projet : The Babyshambles. Le premier album, produit par Mick Jones toujours, relève plus de la répé enregistrée en vitesse que de l'album préparé et peaufiné pendant des mois ! Etant donné le talent incontestable (!) de ce compositeur, l'on pourrait trouver cela dommage mais, personnellement, je trouve que c'est ce qui donne tout son charme à une chanson comme Fuck Forever, le feeling... Le deuxième album rencontre un succès incomparable dans la carrière du jeune chanteur, plus net, plus précis, plus concis, Shotter's Nation est un bijou dont l'écoute est fortement recommandée...
Enfin, Pete Doherty s'engage dans une carrière solo et devient Peter Doherty. Son premier album est une sorte de retour à la sagesse. Rythmes lents, guitares acoustiques, arrangements sublimes, le tout poussé par Graham Coxon (guitariste de Blur) qui apporte une touche country inestimable dans la beauté de l'album. S'il faut écouter un seul album de tout ceux sus-cités c'est bien celui-ci... Agréable aux oreilles de tous, il vous emmènera inexorablement dans un pays des merveilles avec ses joies et ses peurs mais un optimisme toujours présent...
Entre tous ces formidables albums j'ai longtemps hésité pour choisir la chanson dont j'allais vous parler cette semaine. Mon choix s'est donc porté sur l'origine, la base de l'écriture de Doherty. Time For Heroes se trouve sur le premier album de The Libertines (Up The Bracket)...
Pure. Une guitare électrique, un la majeur et une main droite qui, en quatre aller-retours et demi nous donnent d'emblée la morphologie du morceau. Simple et naïve, cette intro nous emmène dans l'univers du rock et plus particulièrement sur la planète punk, là où il s'agit de saturer les guitares, de plaquer un ou deux accords et de laisser faire le reste. Le reste ? Un chant, un chanteur, des paroles.
A l'instar de Joe Strummer et sous les bons conseils de Mick Jones, Pete Doherty entre dans le morceau avec sa voix superbement ajustée, lancinante, insistant sur les consonnes, comme des coups de poignards infligés au micro...
Il chante faux ? Oui c'est possible, mais il chante avec tout son corps, et n'est-ce pas cela qui compte ? Il vit sa chanson, il est au coeur de cette Angleterre qu'il nous conte, on a presque l'impression que sa gorge se serre lorsqu'il prononce les mots "riot" et "love".
Toute l'émotion du morceau passe dans cette voix parfaite, belle, qui se morfond de voir sa patrie décrépir ; car quoi de plus infligeant que de voir l'un des sujets de sa majesté porter une casquette de base-ball ? "There are fewer more distressing sights than that of an Englishman in a baseball cap"
Alors quoi ? Doherty se réfugie dans ce qu'il lui reste de plus vrai, son amour. "You know I cherish you my love !". Et ce dernier d'insister, par une magnifique montée à l'octave au dessus, pour sublimer cette magnifique phrase qui part dans les airs avec la puissance d'un canon...
Dans la même trame, il continue à plus ou moins articuler sa complainte, comme fatigué par tout ce qui l'entoure, jusqu'à se mettre à genou "Yes I passed myself down on my knees", encore un vers qui sera chanté à l'octave, comme un appel au secours.
Et nous arrivons enfin au moment le plus beau de la piste, ouvrez grand vos oreilles et écoutez, entendez la puissance de ce solo de guitare. Je ne vous apprendrai rien si je vous dis qu'il n'est pas maitrisé, que la guitare est fausse, que les cordes sont mal pincées. Mais contre toute attente c'est bien cela qui fait toute sa grandeur. L'émotion dépasse la technique. Cette guitare pleure et les doigts du guitariste aussi. Seul Pete Doherty est capable de telles prouesses. Ses sentiments sont tellement forts et puissants qu'ils arrivent à dépasser toutes techniques instrumentales, ces derniers transcendent littéralement la musique et nous font entrer en communication avec l'auteur.
S'en suit une véritable déflagration. Le batteur étend ses coups, le groupe est en transe et fait monter sa mélancolie au plus haut point, marquée par les choeurs aha, aha, aha, aha, dans un style tout à fait Clashien... Un moment pure, défait de toutes arrière-pensées, on ressent l'honnêteté dans ces voix candides et tristes, enfantines.
Enfin, le dernier couplet, identique au premier, la boucle est bouclé, la chanson n'a rien fait à cette situation et son grand amour reste toujours le seul échappatoire...
Seul Pete Doherty est capable de faire transparaitre à ce point ses émotions à travers la musique elle-même et pas seulement par le chant. C'est ce qui fait de lui un vrai artiste. Talentueux qui plus est.
Ecoutez, réécoutez, et ressentez !
Après une intro douteuse, le reste est magnifique dans ce live, seul, une guitare...
Alors ? Qu'avez vous ressenti ?
PS : un concours de circonstances plus ou moins tragiques m'a obligé à poster ce message mardi et non lundi, encore désolé !
Tout d'abord je tenais à m'excuser de n'avoir rien poster lundi dernier, mon séjour à la montagne m'en empêchant. J'entends déjà les mauvaises langues râler, dire que ça ne tiendra pas, etc, néanmoins Une nouvelle semaine, Une nouvelle piste...c'est parti !
Et accrochez vos ceintures car nous allons brusquement passer d'un univers à l'autre. En effet, après nous être aventurés dans le monde violent et boueux de Jack White, nous allons nous diriger vers celui beaucoup plus fantasmagorique et poétique de Peter Doherty. Ah, ça y est ! Je sens qu'à l'évocation de ce nom j'ai déjà perdu la moitié d'entre vous ! Pour éviter que cela se reproduise, dressons un court portrait de ce chanteur tout aussi talentueux que déjanté...
Peter Doherty est tout d'abord Pete Doherty, chanteur et guitariste au sein du groupe The Libertines. Accompagné et épaulé par Carl Barât, il y compose deux albums (Up the Bracket et un album éponyme) sur lesquels on retrouve des compostions mêlant des mélodies d'une grande sensibilité et des rythmes punks enragés, tout ça sous la houlette d'un producteur plus que prestigieux, j'ai nommé Mick Jones (guitariste de The Clash, pour les Alzheimer).
Toujours sous les projecteurs des magazines people qui se gavent de ses frasques de rock star typique (c'est sur, on en avait pas vu depuis au moins vingt ans), Doherty se lance dans un nouveau projet : The Babyshambles. Le premier album, produit par Mick Jones toujours, relève plus de la répé enregistrée en vitesse que de l'album préparé et peaufiné pendant des mois ! Etant donné le talent incontestable (!) de ce compositeur, l'on pourrait trouver cela dommage mais, personnellement, je trouve que c'est ce qui donne tout son charme à une chanson comme Fuck Forever, le feeling... Le deuxième album rencontre un succès incomparable dans la carrière du jeune chanteur, plus net, plus précis, plus concis, Shotter's Nation est un bijou dont l'écoute est fortement recommandée...
Enfin, Pete Doherty s'engage dans une carrière solo et devient Peter Doherty. Son premier album est une sorte de retour à la sagesse. Rythmes lents, guitares acoustiques, arrangements sublimes, le tout poussé par Graham Coxon (guitariste de Blur) qui apporte une touche country inestimable dans la beauté de l'album. S'il faut écouter un seul album de tout ceux sus-cités c'est bien celui-ci... Agréable aux oreilles de tous, il vous emmènera inexorablement dans un pays des merveilles avec ses joies et ses peurs mais un optimisme toujours présent...
Entre tous ces formidables albums j'ai longtemps hésité pour choisir la chanson dont j'allais vous parler cette semaine. Mon choix s'est donc porté sur l'origine, la base de l'écriture de Doherty. Time For Heroes se trouve sur le premier album de The Libertines (Up The Bracket)...
Pure. Une guitare électrique, un la majeur et une main droite qui, en quatre aller-retours et demi nous donnent d'emblée la morphologie du morceau. Simple et naïve, cette intro nous emmène dans l'univers du rock et plus particulièrement sur la planète punk, là où il s'agit de saturer les guitares, de plaquer un ou deux accords et de laisser faire le reste. Le reste ? Un chant, un chanteur, des paroles.
A l'instar de Joe Strummer et sous les bons conseils de Mick Jones, Pete Doherty entre dans le morceau avec sa voix superbement ajustée, lancinante, insistant sur les consonnes, comme des coups de poignards infligés au micro...
Il chante faux ? Oui c'est possible, mais il chante avec tout son corps, et n'est-ce pas cela qui compte ? Il vit sa chanson, il est au coeur de cette Angleterre qu'il nous conte, on a presque l'impression que sa gorge se serre lorsqu'il prononce les mots "riot" et "love".
Toute l'émotion du morceau passe dans cette voix parfaite, belle, qui se morfond de voir sa patrie décrépir ; car quoi de plus infligeant que de voir l'un des sujets de sa majesté porter une casquette de base-ball ? "There are fewer more distressing sights than that of an Englishman in a baseball cap"
Alors quoi ? Doherty se réfugie dans ce qu'il lui reste de plus vrai, son amour. "You know I cherish you my love !". Et ce dernier d'insister, par une magnifique montée à l'octave au dessus, pour sublimer cette magnifique phrase qui part dans les airs avec la puissance d'un canon...
Dans la même trame, il continue à plus ou moins articuler sa complainte, comme fatigué par tout ce qui l'entoure, jusqu'à se mettre à genou "Yes I passed myself down on my knees", encore un vers qui sera chanté à l'octave, comme un appel au secours.
Et nous arrivons enfin au moment le plus beau de la piste, ouvrez grand vos oreilles et écoutez, entendez la puissance de ce solo de guitare. Je ne vous apprendrai rien si je vous dis qu'il n'est pas maitrisé, que la guitare est fausse, que les cordes sont mal pincées. Mais contre toute attente c'est bien cela qui fait toute sa grandeur. L'émotion dépasse la technique. Cette guitare pleure et les doigts du guitariste aussi. Seul Pete Doherty est capable de telles prouesses. Ses sentiments sont tellement forts et puissants qu'ils arrivent à dépasser toutes techniques instrumentales, ces derniers transcendent littéralement la musique et nous font entrer en communication avec l'auteur.
S'en suit une véritable déflagration. Le batteur étend ses coups, le groupe est en transe et fait monter sa mélancolie au plus haut point, marquée par les choeurs aha, aha, aha, aha, dans un style tout à fait Clashien... Un moment pure, défait de toutes arrière-pensées, on ressent l'honnêteté dans ces voix candides et tristes, enfantines.
Enfin, le dernier couplet, identique au premier, la boucle est bouclé, la chanson n'a rien fait à cette situation et son grand amour reste toujours le seul échappatoire...
Seul Pete Doherty est capable de faire transparaitre à ce point ses émotions à travers la musique elle-même et pas seulement par le chant. C'est ce qui fait de lui un vrai artiste. Talentueux qui plus est.
Ecoutez, réécoutez, et ressentez !
Après une intro douteuse, le reste est magnifique dans ce live, seul, une guitare...
Alors ? Qu'avez vous ressenti ?
PS : un concours de circonstances plus ou moins tragiques m'a obligé à poster ce message mardi et non lundi, encore désolé !
dimanche 7 mars 2010
Carolina Drama par The Raconteurs
On ne présente plus Jack White. C'est une bonne raison pour le présenter. Il est toujours étonnant de dire que le petit garçon qu'il fut voulait devenir prêtre. Cette facette de sa personnalité est toutefois très importante pour mieux comprendre sa musique, qui n'a jamais renié ses origines américaines.
Tout le monde connait The White Stripes, groupe de garage rock très primaire monté par White et sa femme et dont la majorité de l'oeuvre est masquée par le fameux Seven Nation Army. Cette première expérience musicale lui permet de gagner en maturité et aiguise petit à petit sa plume qui lui permettra ensuite de tutoyer les meilleurs compositeurs de musique.
Le personnage s'est ensuite consacré à un nouveau projet : The Raconteurs. Avec ses trois nouveaux compères (dont le brillant Brendan Benson), Jack White se lance dans un rock country peu réussi lors de la sortie du premier album, hormis le très bon single Steady As She Goes qui, malheureusement, n'aura fait qu'un tour sur la plupart des platines. Le deuxième album, bien plus brillant, passe étonnamment encore plus inaperçu que son prédécesseur... C'est sur le second que l'on retrouve Carolina Drama en cloture de l'album.
Un mot enfin sur The Dead Weather, le "superband", composé entre autres de la chanteuse de The Kill et de Jack White...à la batterie. Ceux-ci proposent un rock indé très intéressant, se démarquant de ce que l'on peut entendre habituellement. Rage et sensibilité y cohabitant en harmonie. Allez donc écouter le single Treat Me Like Your Mother, si vous en avez le coeur uniquement.
Je ne me suis que trop attarder sur Jack White et wikipédia fera certainement un meilleur travail que moi en la matière...
Let's talk about this track.
Carolina Drama aurait pu être écrite par Bob Dylan.
Pour cette piste, ce qui ne sera pas le cas pour toutes, je vais longtemps m'attarder sur les paroles qui, ici, donnent tout leur poids à la musique et au chant (j'y reviendrai). Toutefois, n'allez pas les lire tout de suite, l'émotion sera d'autant plus forte si vous attendez d'avoir bien compris l'enjeu du texte en écoutant d'abord et en attendant mon signal (plus loin dans l'article) pour les lire entièrement...
Jack White se pose tout de suite en narrateur, il ne s'implique pas dans le conte dramatique qu'il s'apprête à chanter et, à la manière d'un forain du moyen-âge, seul avec son instrument (ici une guitare acoustique) introduit l'histoire de la manière suivante : "I'm not sure if there's a point to this story, but i'm going to tell it again". Il se permet même de rajouter dans la version live "Someone is gonna die in the end". On imagine parfaitement la scène du conteur, seul sur son estrade, interpellant les badauds : "Oyez oyez bonnes gens ! Venez écouter la triste histoire d'une famille isolée et dont personne n'a jamais connu la fin".
A cet instant précis, entrée en matière de la basse et de la batterie, sur lesquels on va s'appuyer pour planter le décor de la scène qui va suivre. Caroline du Sud, un taudis rongé par le temps et la négligence que l'on imagine aisément isolée dans la campagne américaine, abritant un garçon de dix ans, son grand frère (Billy, seul personnage non anonyme de la scène) , leur mère et leur beau-père. Ce dernier n'est pas épargné par les paroles qui le traitent de "triple loser" et le décrivent comme ayant "a drunk temper that was easy to lose". Une situation potentiellement explosive pour une famille déchirée, esseulée...
La suite n'est que le déroulement naturel de tels rapports entre êtres humains normaux. Le grand frère découvrira un beau matin le beau-père en train d'assassiner un homme qui ne s'avèrera n'être autre que le père en question, revenue au foyer pour aider financièrement son ancienne compagne et ses deux enfants. La mère avouera à son grand fils : "He's been paying all the bills for years". La foule réclame vengeance, évidemment ! C'est ce que fera notre héros : "Billy took dead aim at his face", et, à l'aide d'une bouteille de lait en verre vide "That got delivered every morning at nine" terrassera le beau-père "Who left his dad in disgrace".
C'est toute la rhétorique country qui est rassemblée dans ce dernier couplet et que Jack White utilise à merveille...
Car n'oublions que nous avons affaire à un chanteur hors normes sans lequel cette triste histoire ne serait rien... La voix nasillarde et la diction de l'interprète nous transporte totalement dans cette ambiance délétère et renvoie aux paroles une dimension dramatique tout à fait remarquable. Jack White va, grâce à son timbre et l'intensité qu'il donne à sa voix, faire progressivement monter la tension. Dans les deux premiers couplets, les différents vers sont entrecoupées par un petit riff de guitare qui permet à la chanson de garder un rythme témoignant de la passivité de Billy, assistant à la scène, impuissant. Le chant se contente de garder un ton de narration, neutre. De plus, les premiers couplets sont eux-mêmes séparés par ce que j'appellerais des interludes, dans lesquels on retrouve une mélodie chantée par une voix de femme, sublime et lointaine, comme une complainte chantée par la mère de Billy, fatiguée par une lutte qui doit finir.
Enfin, le dernier refrain. Il est maintenant tant d'aller lire les paroles en entier, ici par exemple : http://www.lyricsmania.com/carolina_drama_lyrics_raconteurs_the.html
Billy devient actif, la vengeance sera sans appel. Au chant, Jack White enchaine les vers, il n'est plus coupé par les riffs de la guitare électrique, il s'implique dans l'histoire et exprime toute la rage de Billy par sa voix pleine de rancoeur, au bord des larmes. Tout s'accélère, le rythme, l'intensité, l'histoire est en marche, rien n'arrêtera la main de Billy, la mandoline et le violon en arrière-plan (chères à la tradition country) résonnent tel une sirène tirant l'alarme ! Jusqu'aux deux derniers vers qui marquent l'entrée en scène du seul personnage absent de la scène et pourtant le premier cité au début de la chanson. Le petit frère, seul être encore insouciant de la famille, chantant lalalala, va tomber sur ce trio cruel et violent concentré autour du cadavre de son père. On ne veut pas connaitre la suite ! Comment va-t-il réagir ? Comment sa vie sera-t-elle transformée après cette vision d'horreur ? Fort heureusement le conteur nous épargne les événements qui vont suivre...
Puis la fin, le troubadour White est de retour, seul sur son estrade, il ferme un chapitre et nous demande de bien vouloir nous adresser à la seule personne extérieure ayant assisté à cette scène de vie privée dans la cellule familiale, si l'on tient vraiment à connaitre la fin...car, lui, n'est qu'un simple conteur...
Réécoutez la chanson, restez concentrez et vous verrez que plus l'on approche de la fin du dernier couplet, plus on espère que le petit garçon ne rentrera jamais dans cette pièce, peut-être est-il occupé à autre chose que la dernière fois, ailleurs que de l'autre côté de la porte ? Mais non. A chaque fois il entre, à chaque fois la tragédie se produit et à chaque fois il chante toujours la même petite ritournelle. La même que l'on entendrait à la sortie d'une école, entonnée par des enfants rentrant chez eux, sereinement. Ceux-là ont un nom, le nôtre est anonyme, il a juste dix ans... Vous seriez vous soucier de lui en un seul tour ?
Voilà, maintenant que j'ai donné mon sentiment et mon analyse de cette piste, c'est à vous de jouer, aidez-vous et aidez-nous, nous avons tous ECOUTES cette piste, l'on se doit de se comporter comme une communauté et de communiquer...
Et bien souvent un mot suffit donc n'hésitez pas !
PS : tout ce que j'ai tenté d'exprimer est compilée dans cette vidéo d'un live dans les studios de la BBC. Ce n'est pas forcément carré, pas toujours juste, mais c'est le style Raconteurs, en vrac, tout dans l'énergie et dans l'émotion... Jack White, dernier refrain, superbe !
Tout le monde connait The White Stripes, groupe de garage rock très primaire monté par White et sa femme et dont la majorité de l'oeuvre est masquée par le fameux Seven Nation Army. Cette première expérience musicale lui permet de gagner en maturité et aiguise petit à petit sa plume qui lui permettra ensuite de tutoyer les meilleurs compositeurs de musique.
Le personnage s'est ensuite consacré à un nouveau projet : The Raconteurs. Avec ses trois nouveaux compères (dont le brillant Brendan Benson), Jack White se lance dans un rock country peu réussi lors de la sortie du premier album, hormis le très bon single Steady As She Goes qui, malheureusement, n'aura fait qu'un tour sur la plupart des platines. Le deuxième album, bien plus brillant, passe étonnamment encore plus inaperçu que son prédécesseur... C'est sur le second que l'on retrouve Carolina Drama en cloture de l'album.
Un mot enfin sur The Dead Weather, le "superband", composé entre autres de la chanteuse de The Kill et de Jack White...à la batterie. Ceux-ci proposent un rock indé très intéressant, se démarquant de ce que l'on peut entendre habituellement. Rage et sensibilité y cohabitant en harmonie. Allez donc écouter le single Treat Me Like Your Mother, si vous en avez le coeur uniquement.
Je ne me suis que trop attarder sur Jack White et wikipédia fera certainement un meilleur travail que moi en la matière...
Let's talk about this track.
Carolina Drama aurait pu être écrite par Bob Dylan.
Pour cette piste, ce qui ne sera pas le cas pour toutes, je vais longtemps m'attarder sur les paroles qui, ici, donnent tout leur poids à la musique et au chant (j'y reviendrai). Toutefois, n'allez pas les lire tout de suite, l'émotion sera d'autant plus forte si vous attendez d'avoir bien compris l'enjeu du texte en écoutant d'abord et en attendant mon signal (plus loin dans l'article) pour les lire entièrement...
Jack White se pose tout de suite en narrateur, il ne s'implique pas dans le conte dramatique qu'il s'apprête à chanter et, à la manière d'un forain du moyen-âge, seul avec son instrument (ici une guitare acoustique) introduit l'histoire de la manière suivante : "I'm not sure if there's a point to this story, but i'm going to tell it again". Il se permet même de rajouter dans la version live "Someone is gonna die in the end". On imagine parfaitement la scène du conteur, seul sur son estrade, interpellant les badauds : "Oyez oyez bonnes gens ! Venez écouter la triste histoire d'une famille isolée et dont personne n'a jamais connu la fin".
A cet instant précis, entrée en matière de la basse et de la batterie, sur lesquels on va s'appuyer pour planter le décor de la scène qui va suivre. Caroline du Sud, un taudis rongé par le temps et la négligence que l'on imagine aisément isolée dans la campagne américaine, abritant un garçon de dix ans, son grand frère (Billy, seul personnage non anonyme de la scène) , leur mère et leur beau-père. Ce dernier n'est pas épargné par les paroles qui le traitent de "triple loser" et le décrivent comme ayant "a drunk temper that was easy to lose". Une situation potentiellement explosive pour une famille déchirée, esseulée...
La suite n'est que le déroulement naturel de tels rapports entre êtres humains normaux. Le grand frère découvrira un beau matin le beau-père en train d'assassiner un homme qui ne s'avèrera n'être autre que le père en question, revenue au foyer pour aider financièrement son ancienne compagne et ses deux enfants. La mère avouera à son grand fils : "He's been paying all the bills for years". La foule réclame vengeance, évidemment ! C'est ce que fera notre héros : "Billy took dead aim at his face", et, à l'aide d'une bouteille de lait en verre vide "That got delivered every morning at nine" terrassera le beau-père "Who left his dad in disgrace".
C'est toute la rhétorique country qui est rassemblée dans ce dernier couplet et que Jack White utilise à merveille...
Car n'oublions que nous avons affaire à un chanteur hors normes sans lequel cette triste histoire ne serait rien... La voix nasillarde et la diction de l'interprète nous transporte totalement dans cette ambiance délétère et renvoie aux paroles une dimension dramatique tout à fait remarquable. Jack White va, grâce à son timbre et l'intensité qu'il donne à sa voix, faire progressivement monter la tension. Dans les deux premiers couplets, les différents vers sont entrecoupées par un petit riff de guitare qui permet à la chanson de garder un rythme témoignant de la passivité de Billy, assistant à la scène, impuissant. Le chant se contente de garder un ton de narration, neutre. De plus, les premiers couplets sont eux-mêmes séparés par ce que j'appellerais des interludes, dans lesquels on retrouve une mélodie chantée par une voix de femme, sublime et lointaine, comme une complainte chantée par la mère de Billy, fatiguée par une lutte qui doit finir.
Enfin, le dernier refrain. Il est maintenant tant d'aller lire les paroles en entier, ici par exemple : http://www.lyricsmania.com/carolina_drama_lyrics_raconteurs_the.html
Billy devient actif, la vengeance sera sans appel. Au chant, Jack White enchaine les vers, il n'est plus coupé par les riffs de la guitare électrique, il s'implique dans l'histoire et exprime toute la rage de Billy par sa voix pleine de rancoeur, au bord des larmes. Tout s'accélère, le rythme, l'intensité, l'histoire est en marche, rien n'arrêtera la main de Billy, la mandoline et le violon en arrière-plan (chères à la tradition country) résonnent tel une sirène tirant l'alarme ! Jusqu'aux deux derniers vers qui marquent l'entrée en scène du seul personnage absent de la scène et pourtant le premier cité au début de la chanson. Le petit frère, seul être encore insouciant de la famille, chantant lalalala, va tomber sur ce trio cruel et violent concentré autour du cadavre de son père. On ne veut pas connaitre la suite ! Comment va-t-il réagir ? Comment sa vie sera-t-elle transformée après cette vision d'horreur ? Fort heureusement le conteur nous épargne les événements qui vont suivre...
Puis la fin, le troubadour White est de retour, seul sur son estrade, il ferme un chapitre et nous demande de bien vouloir nous adresser à la seule personne extérieure ayant assisté à cette scène de vie privée dans la cellule familiale, si l'on tient vraiment à connaitre la fin...car, lui, n'est qu'un simple conteur...
Réécoutez la chanson, restez concentrez et vous verrez que plus l'on approche de la fin du dernier couplet, plus on espère que le petit garçon ne rentrera jamais dans cette pièce, peut-être est-il occupé à autre chose que la dernière fois, ailleurs que de l'autre côté de la porte ? Mais non. A chaque fois il entre, à chaque fois la tragédie se produit et à chaque fois il chante toujours la même petite ritournelle. La même que l'on entendrait à la sortie d'une école, entonnée par des enfants rentrant chez eux, sereinement. Ceux-là ont un nom, le nôtre est anonyme, il a juste dix ans... Vous seriez vous soucier de lui en un seul tour ?
Voilà, maintenant que j'ai donné mon sentiment et mon analyse de cette piste, c'est à vous de jouer, aidez-vous et aidez-nous, nous avons tous ECOUTES cette piste, l'on se doit de se comporter comme une communauté et de communiquer...
Et bien souvent un mot suffit donc n'hésitez pas !
PS : tout ce que j'ai tenté d'exprimer est compilée dans cette vidéo d'un live dans les studios de la BBC. Ce n'est pas forcément carré, pas toujours juste, mais c'est le style Raconteurs, en vrac, tout dans l'énergie et dans l'émotion... Jack White, dernier refrain, superbe !
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