Bonjour à tous !
Après nous être divertis dans l'antre des mélodies printanières et enlevées de Mrs Bassey et de ses compères, nous allons, cette semaine, essayer de nous concentrer sur la beauté des mélodies et la justesse (dans tous les sens du terme) de la musique d'un jeune prodige de pures souches britanniques et qui propose dans chacun de ces albums un voyage extraordinaire à travers la vieille Albion.
Alex Turner et ses monkeys
Arctic Monkeys est un jeune groupe ou un groupe de jeunes formé en 2002 et qui se fit connaitre du grand public par son célèbre I Bet You Look Good On The Dancefloor qui, sur le moment, donna envie à tous les rockers nostalgiques d'aller se défouler sur le dancefloor, justement ! Des riffs efficaces, des guitares saturées, une section rythmique en place avec un batteur dépassant la performance de nombre de ses contemporains, leur premier album est une vraie réussite avec des titres énergiques et touchant comme le superbe When The Sun Goes Down. La planète rock applaudit également la performance vocale d'Alex Turner, qui, avec sa voix nasillarde et encore mal assurée convint tout le monde de son potentiel à venir.
Leur deuxième album, dans la même trame, diffère du précédent par différents points. Le style est plus mature, la voix aussi. Les titres possèdent des structures complexes, les guitares sont très travaillées avec des effets toujours plus surprenant. Et la magie continue, Alex Turner et son style pointu, son goût de la perfection, nous propose un album à la production subtile et sublime, particulièrement sur des titres comme If You Were There, Beware.
C'est alors que Turner décide de laisser ses Monkeys pendant quelques temps pour aller fricoter avec un certains Miles Kane dans un projet qui fit beaucoup parler de lui : The Last Shadow Puppets. Dignes d'Ennio Morricone, les mélodies et rythmes qui sortirent de la tête et des cordes vocales de ces deux-là firent leur effet et certains spécialistes n'hésitèrent pas à les comparer aux nouveau tandem Lennon-McCartney (non je ne me risquerais pas à un commentaire). La section de cordes, omniprésente sur l'album, nous emmène dans un univers de beauté et de rêve appuyée par une production sobre et élégante pour une musique explosive et ambitieuse.
Enfin, le troisième album des Arctic Monkeys, Humbug. Le style est différent, inspiré de Can, Alex Turner et ses compères nous proposent une sorte de post-pop alternative difficile à décrire. Les mélodies restent pourtant toujours aussi belles et des titres comme Crying Lightning ou Secret Door nous feront toujours vibrer.
Parmi toute cette pléiade de titres, il fut difficile de choisir le titre qui correspondait le mieux au style si particulier d'Alex Turner. Mon choix s'est porté sur 505, piste cloturant le deuxième album des Arctic Monkeys.
A écouter ici
Pour les paroles c'est ici
Doucement, j'arrive...
Cette piste fait preuve d'une grande ingéniosité dans l'art de faire évoluer une chanson jusqu'à son point d'orgue. En effet, l'entrée des instruments, un à un,va faire monter une tension insoutenable et qui sera amenée à inévitablement exploser.
En premier lieu, nous avons un orgue, au son vieilli, qui se contente de "napper" l'espace sonore, très sobrement, sur deux accords. C'est dans cette ambiance que Alex Turner va pouvoir poser sa voix et commencer un numéro tout à fait incroyable. Avec beaucoup d'écho, il est comme lointain, presque anonyme. Sa voix lassée nous renvoie aux paroles de ce refrain qui reviendra à plusieurs reprises dans la piste.
"I'm going back to 505,
if it's a 7 hour flight or a 45 minute drive"
Comme toujours, il revient à 505, peu importe la distance et le moyen de transport, sa destination finale est fixée, inamovible, comme à chaque fois. Ecoutez comme la voix à l'air monotone...elle ne l'est pas, sa mélodie est complexe ! Mais Alex Turner arrive à faire transparaitre sa lassitude grâce à sa voix lancinante et nous emmène avec lui dans son voyage retour, qui nous semble être son chemin de croix.
Quel sens à ce voyage ?
Une guitare étrange fait son entrée, marquant le malaise du chanteur. Puis c'est au tour de la batterie et enfin de la basse qui vont progressivement augmenter la tension incitant le chanteur à se rebeller face à la fatalité de ce retour forcé.
"What did you expect,
I probably still adore you with your hands around my neck,
Or I did last time I checked"
Car le calvaire que représente ce retour to 505 ne serait rien sans ce qu'il l'attend là-bas, une femme, darling. L'aime-t-il encore ? C'est ce qu'il pensait la dernière fois qu'il a vérifié, mais il en n'est plus sur.
Toujours en ayant l'air de s'ennuyer, Turner nous fait croire que tout ça n'a pas grande importance pour lui. Ces questions n'ont pas l'air de le tracasser car, inexorablement, il retournera toujours à 505. La musique marque bien ce sentiment, car les deux accords que l'on a pu entendre au début restent les mêmes, rien ne bouge, que ce soit les paroles ou la mélodie, tout est quasiment figé et on a la sensation que l'on ne peut rien y faire. La fatalité s'est littéralement emparée du chanteur et de ses musiciens.
Contenu et contenant
Après un court break, qui laisse le temps à la réflexion, c'est l'explosion, pure et simple.
Cet instant de la piste mériterait un article à lui tout seul. En une demi-seconde, le groupe réussi à nous faire dresser les cheveux sur notre tête.
Après avoir fait baisser la pression dans ce petit break agrémenté de quelques guitares bien senties, la musique stoppe d'un coup sec pour laisser s'exprimer tout le talent et toute l'émotion d'un Alex Turner à son plus haut niveau.
"But I crumble completely when you cry"
Cette phrase est chantée sur exactement la même mélodie que celle des autres couplets, mais à l'octave du dessus et quasiment a capella, comme un cri sorti de la nuit dans laquelle le groupe s'était perdu pendant le début du morceau. Celui-ci prend alors une dimension totalement différente. Les instrument y vont de plein coeur, ils ne sont plus en retenue, particulièrement la batterie. Les guitares, elles, deviennent confuses, quels sons, quelles mélodies produisent-elles ? Difficile à savoir, c'est l'explosion des sentiments, du contenu.
"Je m'effondre totalement quand tu pleures"
L'auteur ne sait pas où il en est, il est lassé comme on a pu le voir. Mais il reste une chose qui le fait encore vibrer, c'est de la voir pleurer, ce qui déclenche en lui l'explosion de tous ces sentiments qu'il n'arrivait plus à faire resurgir.
Il n'arrivera donc jamais à partir.
"Take my hands off of your eyes too soon"
Il avait réussi à cacher cette faiblesse (ou cette force ?) jusqu'ici en lui cachant ses yeux avec ses propres mains, mais il les a retirées trop tôt et n'a pas pu résister.
La musique et l'émotion des paroles sont donc ici en parfaite harmonie et c'est ce qui sublime la voix du chanteur qui n'arrive pas à chasser ses sentiments et qui le crie car il ne peut se contenir.
Enfin, encore un refrain, "I'm going back to 505". Cette fois-ci le ton est beaucoup plus prenant, ce n'est plus la routine d'antan, à présent ce retour aura une force incroyable et changera un détail responsable de tout. Dans les premiers refrains, les deux derniers vers sont :
"In my imagination you're waiting lying on your side,
With your hands between your thighs"
Littéralement : je t'imagine allongée sur le côté, les mains entre tes cuisses. Mais dans le dernier refrain, Turner rajoutera à la fin de cette phrase "and a smile". Dorénavant, en retournant to 505 il imaginera sa "darling" en train de sourire, et c'est ce qui changera sa monotonie en une explosion forte et intense. Le passage à 2 minutes et 28 secondes de la piste étant la plaque tournante de cette relation.
Qu'en pensez vous ? L'avez vous ressenti ainsi ? A vous de jouer, d'écouter, de réécouter de ressentir...
Pour les adeptes des live, la performance ci-après est parfaite :
lundi 26 avril 2010
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