lundi 29 mars 2010

Five Years par David Bowie

Bonjour à tous !

L'heure est grave. Aujourd'hui je décide de prendre un risque en me lançant dans un classique des classiques. Comment ne pas décevoir, voire froisser, les plus grands admirateurs de ce personnage incroyable qu'est David Bowie ?
C'est pourquoi je vais essayer de rester dans le sujet qui m'importe le plus et qui, ici, domine le reste : l'émotion dégagée. Ne comptez pas sur moi pour apporter un quelconque jugement de valeur ; ou alors traitez moi d'hypocrite car vous savez très bien que j'apprécie toujours les chansons sur lesquelles j'écris...

Il serait beaucoup trop long de présenter David Bowie, de plus, une fois encore, Wikipédia ferait ça bien mieux que moi. Toutefois, quelques précisions sont à apportées pour redéfinir le cadre dans lequel cette piste a été écrite. Five Years est la chanson d'ouverture de l'album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars que l'on appellera Ziggy Stardust afin de nous simplifier la tâche et d'alléger la prose. Cet album sort en 1972 et marque le début de la mystification du "personnage" Bowie. Ce dernier y incarne Ziggy Stardust, héros androgyne venant de l'espace et venu rendre visite aux humains. On y retrouvera nombre de titres fondateurs et superbes qui participeront à l'édification du phénomène musical comme Starman, Suffragette City, Rock'n'Roll Suicide, Lady Stardust ou encore Ziggy Stardust et enfin le très lyrique Five Years.



Et voilà pour les paroles, sur lesquelles nous nous attarderont longuement : http://www.lyricsfreak.com/d/david+bowie/five+years_20036908.html

La piste débute tout d'abord par une intro peu commune. Une batterie, seule, un rythme marqué par ses contre-temps, des coups secs, tout ceci forme un ensemble relativement hostile au bien-être de l'écoute et nous promet une suite au dénouement abrupte.
Toutefois l'entrée du piano, accompagné de la basse et d'une guitare 12 cordes, nous donnent l'illusion pour un moment d'un confort et d'une quiétude sans failles. Leur rythme est calme, sans fioritures, les trois compères se contentent de marquer le premier temps de chaque nouvelle mesure et laisse tout le temps au chanteur d'introduire son histoire. Dès les premières phrases, Bowie nous rend compte de la situation dramatique dans lequel le monde s'est embarqué. "News had just come over, We had five years left to cry in". "Earth was really dying" voilà ce qu'annonce le présentateur du journal télévisé à ses téléspectateurs, ne pouvant retenir ses larmes à l'annonce de cette tragédie : dans cinq années tout sera fini, il n'y aura plus rien, le néant. La Terre meurt ! La situation est tout à fait inédite, comment va réagir la population et comment va réagir notre héros à cette nouvelle, voilà ce qui sera intéressant dans la suite de la piste.
L'interprétation par Bowie de ces premiers vers est déjà formidable. En à peine quelques secondes il parvient à nous faire ressentir l'atmosphère de désespoir et de désillusion qui entoure ce chagrin universel. Sa voix ne s'attarde pas sur les syllabes, il n'en ni la force ni la foi, et chacune de ces phrases partent des aiguës pour terminer dans les graves. Seul devant son micro, dans son studio d'enregistrement, Bowie vit totalement cet instant et son imaginaire nous le décrit comme s'il le voyait seconde après seconde.
Impuissant, il se plaint, se souvient. Toute ces choses stockées dans son cerveau, bourrant sa boite cranienne, tous ces personnes qu'il a croisé, qu'ils l'ont aidé "All the nobody people and all the somebody people", tout ça n'a plus de sens à présent, cela le rebelle. Toutes ces rencontres vont-elles donc se résumer au néant, disparaitre à jamais dans cinq ans ?
Ce passage marque la seule variation des accords de tout le morceau, dans lequel la suite de quatre accords sera toujours la même, du début à la fin, une continuité accentuée par une batterie constante, inébranlable, contrastant avec les émotions de plus en plus fortes du chanteur.

La suite du morceau va être marquée par l'augmentation de l'intensité musicale qui nous mènera jusqu'à l'explosion finale.
Bowie assiste à la folie déclenchée par l'annonce de la catastrophe à venir, tout n'est que ridicule et violence, le spectateur qu'il est traverse différentes scènes et ne peut qu'observer, incrédule, la dégénération de ses semblables. Une femme veut étriper des enfants, un policeman baise les pieds d'un prêtre ce qui donne la nausée à un travelo... Bowie ne peut rien et ne veut rien faire pour eux, il passe comme un fantôme, plus rien ne le soucie à présent. Sa voix est presque neutre tandis que les violons commencent à doucement monter, discrètement et que le piano se met à broder. Cet intermède prépare la phase finale du décollage auquel nous allons assister et dans lequel Bowie va nous embarquer, quasiment de force.
C'est à cet instant précis qu'il va faire la rencontre qui changera sa vie, pour cinq ans. Elle ou il était là, buvant un milk-shake, calme, souriant(e), "looking so fine", bref, un contraste total avec ce auquel il a pu assisté jusqu'ici, enfin un ilot de bonheur dans ce monde brutal et stupide où l'espoir n'est plus permis, où la désillusion est un sentiment universel et inaliénable. Bowie s'adresse directement à cette nouvelle rencontre, il n'est plus le simple spectateur, il a retrouvé une raison d'aimer la vie, de s'impliquer dans une relation humaine, sa voix en devient presque sautillante. "Pouvais-tu te douter que tu serais dans cette chanson ?" demande-t-il.
Puis la voix et le piano vont s'engager dans un rythme accélérant le décollage. Des phrases plus courtes, des syllabes ciselées, on dirait que Bowie est haletant à ces mots, qu'il a du mal à reprendre son souffle, ses émotions l'empêchant de s'exprimer, ses larmes noyant ses cordes vocales. Le piano ne manquant pas à l'appel, plaquant ses accords à un rythme régulier, impossible de faire machine arrière à présent. "I kiss you, you're beautiful, I want you to walk !". Quoi de plus simple que ces trois embryons de phrases, et quoi de plus beau ? Lorsqu'il chante cette phrase, Bowie hurle son amour, pure et sans limite. Un baiser, de la beauté, une simplicité parfaitement bien venue dans ce monde parti dans la débâcle de son anéantissement.
Et pourtant pourquoi tant de tristesse dans la voix de notre héros ? Parce que cinq années ne seront jamais suffisantes pour assouvir tout ce besoin d'aimer, de donner.
"Five years, that's all we've got !" Le désespoir a repris le dessus, Bowie s'égosille devant son micro, il refuse cette réalité, il ne veut pas y croire. Cette fin, d'un lyrisme hors norme, est appuyée par les violons qui tirent comme une sonnette d'alarme, restant sur la même note et annonçant la fin imminente qui ronge tant ce chanteur, pleurant littéralement dans la dernière minute, lui donnant une beauté absolue par l'intensité des émotions qu'il nous transfère. Il nous demande presque de pleurer avec lui, et c'est ce que certains feront, car ces cinq ans concernent tout le monde, et lui ne peut supporter cette injustice de devoir souffrir bonheur et désespoir à la fois.

Et d'un coup, voilà que tout se termine, tout retombe, c'en est fini. Seule, la batterie reste, comme un fil de vie qui voit passer les émotions, qui assiste au théâtre des sentiments mais qui ne bouge pas, qui reste inexorablement en place. Qu'en sera-t-il dans cinq ans ? Continuera-t-elle ? Où est-ce un faux espoir ? A nous de décider...

Ecoutez, réécoutez et ressentez !

Une très belle version de Brian Molko, seul avec sa guitare et sa voix à fleur de peau, à écouter...

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