On ne présente plus Jack White. C'est une bonne raison pour le présenter. Il est toujours étonnant de dire que le petit garçon qu'il fut voulait devenir prêtre. Cette facette de sa personnalité est toutefois très importante pour mieux comprendre sa musique, qui n'a jamais renié ses origines américaines.
Tout le monde connait The White Stripes, groupe de garage rock très primaire monté par White et sa femme et dont la majorité de l'oeuvre est masquée par le fameux Seven Nation Army. Cette première expérience musicale lui permet de gagner en maturité et aiguise petit à petit sa plume qui lui permettra ensuite de tutoyer les meilleurs compositeurs de musique.
Le personnage s'est ensuite consacré à un nouveau projet : The Raconteurs. Avec ses trois nouveaux compères (dont le brillant Brendan Benson), Jack White se lance dans un rock country peu réussi lors de la sortie du premier album, hormis le très bon single Steady As She Goes qui, malheureusement, n'aura fait qu'un tour sur la plupart des platines. Le deuxième album, bien plus brillant, passe étonnamment encore plus inaperçu que son prédécesseur... C'est sur le second que l'on retrouve Carolina Drama en cloture de l'album.
Un mot enfin sur The Dead Weather, le "superband", composé entre autres de la chanteuse de The Kill et de Jack White...à la batterie. Ceux-ci proposent un rock indé très intéressant, se démarquant de ce que l'on peut entendre habituellement. Rage et sensibilité y cohabitant en harmonie. Allez donc écouter le single Treat Me Like Your Mother, si vous en avez le coeur uniquement.
Je ne me suis que trop attarder sur Jack White et wikipédia fera certainement un meilleur travail que moi en la matière...
Let's talk about this track.
Carolina Drama aurait pu être écrite par Bob Dylan.
Pour cette piste, ce qui ne sera pas le cas pour toutes, je vais longtemps m'attarder sur les paroles qui, ici, donnent tout leur poids à la musique et au chant (j'y reviendrai). Toutefois, n'allez pas les lire tout de suite, l'émotion sera d'autant plus forte si vous attendez d'avoir bien compris l'enjeu du texte en écoutant d'abord et en attendant mon signal (plus loin dans l'article) pour les lire entièrement...
Jack White se pose tout de suite en narrateur, il ne s'implique pas dans le conte dramatique qu'il s'apprête à chanter et, à la manière d'un forain du moyen-âge, seul avec son instrument (ici une guitare acoustique) introduit l'histoire de la manière suivante : "I'm not sure if there's a point to this story, but i'm going to tell it again". Il se permet même de rajouter dans la version live "Someone is gonna die in the end". On imagine parfaitement la scène du conteur, seul sur son estrade, interpellant les badauds : "Oyez oyez bonnes gens ! Venez écouter la triste histoire d'une famille isolée et dont personne n'a jamais connu la fin".
A cet instant précis, entrée en matière de la basse et de la batterie, sur lesquels on va s'appuyer pour planter le décor de la scène qui va suivre. Caroline du Sud, un taudis rongé par le temps et la négligence que l'on imagine aisément isolée dans la campagne américaine, abritant un garçon de dix ans, son grand frère (Billy, seul personnage non anonyme de la scène) , leur mère et leur beau-père. Ce dernier n'est pas épargné par les paroles qui le traitent de "triple loser" et le décrivent comme ayant "a drunk temper that was easy to lose". Une situation potentiellement explosive pour une famille déchirée, esseulée...
La suite n'est que le déroulement naturel de tels rapports entre êtres humains normaux. Le grand frère découvrira un beau matin le beau-père en train d'assassiner un homme qui ne s'avèrera n'être autre que le père en question, revenue au foyer pour aider financièrement son ancienne compagne et ses deux enfants. La mère avouera à son grand fils : "He's been paying all the bills for years". La foule réclame vengeance, évidemment ! C'est ce que fera notre héros : "Billy took dead aim at his face", et, à l'aide d'une bouteille de lait en verre vide "That got delivered every morning at nine" terrassera le beau-père "Who left his dad in disgrace".
C'est toute la rhétorique country qui est rassemblée dans ce dernier couplet et que Jack White utilise à merveille...
Car n'oublions que nous avons affaire à un chanteur hors normes sans lequel cette triste histoire ne serait rien... La voix nasillarde et la diction de l'interprète nous transporte totalement dans cette ambiance délétère et renvoie aux paroles une dimension dramatique tout à fait remarquable. Jack White va, grâce à son timbre et l'intensité qu'il donne à sa voix, faire progressivement monter la tension. Dans les deux premiers couplets, les différents vers sont entrecoupées par un petit riff de guitare qui permet à la chanson de garder un rythme témoignant de la passivité de Billy, assistant à la scène, impuissant. Le chant se contente de garder un ton de narration, neutre. De plus, les premiers couplets sont eux-mêmes séparés par ce que j'appellerais des interludes, dans lesquels on retrouve une mélodie chantée par une voix de femme, sublime et lointaine, comme une complainte chantée par la mère de Billy, fatiguée par une lutte qui doit finir.
Enfin, le dernier refrain. Il est maintenant tant d'aller lire les paroles en entier, ici par exemple : http://www.lyricsmania.com/carolina_drama_lyrics_raconteurs_the.html
Billy devient actif, la vengeance sera sans appel. Au chant, Jack White enchaine les vers, il n'est plus coupé par les riffs de la guitare électrique, il s'implique dans l'histoire et exprime toute la rage de Billy par sa voix pleine de rancoeur, au bord des larmes. Tout s'accélère, le rythme, l'intensité, l'histoire est en marche, rien n'arrêtera la main de Billy, la mandoline et le violon en arrière-plan (chères à la tradition country) résonnent tel une sirène tirant l'alarme ! Jusqu'aux deux derniers vers qui marquent l'entrée en scène du seul personnage absent de la scène et pourtant le premier cité au début de la chanson. Le petit frère, seul être encore insouciant de la famille, chantant lalalala, va tomber sur ce trio cruel et violent concentré autour du cadavre de son père. On ne veut pas connaitre la suite ! Comment va-t-il réagir ? Comment sa vie sera-t-elle transformée après cette vision d'horreur ? Fort heureusement le conteur nous épargne les événements qui vont suivre...
Puis la fin, le troubadour White est de retour, seul sur son estrade, il ferme un chapitre et nous demande de bien vouloir nous adresser à la seule personne extérieure ayant assisté à cette scène de vie privée dans la cellule familiale, si l'on tient vraiment à connaitre la fin...car, lui, n'est qu'un simple conteur...
Réécoutez la chanson, restez concentrez et vous verrez que plus l'on approche de la fin du dernier couplet, plus on espère que le petit garçon ne rentrera jamais dans cette pièce, peut-être est-il occupé à autre chose que la dernière fois, ailleurs que de l'autre côté de la porte ? Mais non. A chaque fois il entre, à chaque fois la tragédie se produit et à chaque fois il chante toujours la même petite ritournelle. La même que l'on entendrait à la sortie d'une école, entonnée par des enfants rentrant chez eux, sereinement. Ceux-là ont un nom, le nôtre est anonyme, il a juste dix ans... Vous seriez vous soucier de lui en un seul tour ?
Voilà, maintenant que j'ai donné mon sentiment et mon analyse de cette piste, c'est à vous de jouer, aidez-vous et aidez-nous, nous avons tous ECOUTES cette piste, l'on se doit de se comporter comme une communauté et de communiquer...
Et bien souvent un mot suffit donc n'hésitez pas !
PS : tout ce que j'ai tenté d'exprimer est compilée dans cette vidéo d'un live dans les studios de la BBC. Ce n'est pas forcément carré, pas toujours juste, mais c'est le style Raconteurs, en vrac, tout dans l'énergie et dans l'émotion... Jack White, dernier refrain, superbe !
dimanche 7 mars 2010
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Ca me rappelle qu'il faut tout de même écouter les paroles parfois. Je n'aurais jamais apprécié la gravité (un peu poussée) de la musique sans connaître l'histoire.
RépondreSupprimerMais grâce à ce blog, wow! j'adôre la mythologisation de cette amérique brutale... et du coup la chanson prend une dimension folle, on voudrait presque que Jack ait une voix encore plus nasillarde!
Je n'ai pas la plume si affûtée que ce bloggeur incroyable, donc juste waou! ça arrache! J'adore!
RépondreSupprimerUne petite histoire sur The Kills pour la prochaine? Je suis preneuse!